La partie principale de la ville semble avoir été bâtie la semaine dernière, le reste avec beaucoup de bonne volonté pourrait remonter à six ou huit mois d’existence, au plus.
Un autre trait qui frappe le voyageur, c’est la grandeur de la ville. Il n’existe pas d’autre ville, en aucun pays, qui possède de si larges rues.
Berlin n’est pas UNE ville, mais LA ville aux grandes artères; et pas une autre au monde ne peut lui être comparée sous ce rapport.
«Unter den Linden» représente en largeur la valeur de trois rues. «Postdamerstrasse» est bordée de chaque côté par des contre-allées qui offrent elles-mêmes plus de largeur que les rues principalement connues des vieilles capitales de l’Europe; il n’y a ni rues étroites ni passages, pas de raccourcis; de loin en loin, si quelques grandes artères aboutissent au même carrefour, le périmètre de ce carrefour est tel qu’il évoque un sentiment de grandeur majestueuse. Le parc au centre de la ville est si vaste qu’il donne la même impression.
Un second trait caractéristique: les rues sont tirées au cordeau. Les plus courtes n’ont pas la moindre courbe; les plus longues s’étendent droites à l’infini; si elles s’infléchissent légèrement à droite ou à gauche, elles reprennent ensuite leur rectitude à perte de vue. Le résultat de cette configuration fait qu’à la nuit Berlin offre un coup d’œil magnifique. Le gaz et l’électricité sont dépensés largement, de sorte que, de quelque côté qu’on se tourne, on a partout devant soi une double rangée de réverbères puissants, avec çà et là une magnifique gerbe lumineuse qui éclaire les «Platzen»; entre ces interminables rangées de lumières, on voit aussi les innombrables lanternes des fiacres, qui ajoutent gaiement leur note claire à ce beau spectacle; elles donnent l’idée d’une invasion de vers luisants.
Une chose encore vous frappe à Berlin: c’est la situation absolument plane de la ville.
En résumé, la ville est plus neuve à l’œil qu’aucune autre, plus éclairée et plus ordonnée; pas une autre cité n’a l’air aussi spacieux, et n’est mieux à l’abri des encombrements; pas une n’offre autant de rues droites, et Berlin peut facilement disputer à Chicago la platitude de son aspect comme aussi la prodigieuse rapidité de son développement.
Berlin est le Chicago européen. Les deux villes ont à peu près la même population—environ quinze cent mille habitants. Je ne puis donner des chiffres plus précis, car je sais seulement la population que possédait Chicago l’avant-dernière semaine; et, à ce moment, elle était d’un million et demi. Il y a quinze ans, Berlin et Chicago passaient certainement pour deux grandes villes, mais aucune d’elles n’était la ville géante actuelle.
Là s’arrête le parallèle.
Quelques quartiers de Chicago seuls sont grands et bien percés, tandis que Berlin paraît partout imposant et grandiose; la ville est uniformément belle. A Chicago il existe des monuments plus remarquables par leur architecture que ceux de Berlin, mais, malgré cela, ce que j’ai dit plus haut est encore exact.