Ces deux villes plates seraient les premières pour leur salubrité surprenante, s’il ne fallait compter avec Londres. A l’heure actuelle, Londres a le premier rang.

La mortalité de Berlin représente seulement dix neuf pour cent; il y a quatorze ans, elle était d’un tiers plus élevée.

Berlin est une ville à surprises sous bien des rapports. C’est la ville la «plus» gouvernée du monde, mais il faut admettre aussi qu’elle est la «mieux» gouvernée. On peut y admirer l’ordre et la méthode qui règnent partout, dans les grandes comme dans les petites lignes, dans les détails même les plus minimes.

Il ne s’agit pas d’un ordre et d’une méthode théoriques existant seulement sur le papier, mais bien dans la réalité et dans toute l’acception du terme. Il y a une règle pour tout, et cette règle s’applique invariablement aux riches comme aux pauvres, sans préjugés ni faveurs. Elle agit avec une égalité parfaite dans les grandes circonstances comme dans les petites, avec une diligence clairvoyante et soutenue, jointe à une persévérance très digne d’admiration.

Il existe plusieurs impôts qui sont recueillis trimestriellement; «recueillis» est bien le mot, plutôt que «levés», car ils sont «recueillis» chaque fois. Les impôts ne sont d’ailleurs pas exorbitants, excepté dans les villes et les contrées où les habitants font des difficultés pour les payer; dans ce cas on les majore et la police se charge, par des visites calmes et fréquentes, de vous faire acquitter la taxe. Elle vous demande vingt ou quarante pfennigs par visite après le premier avis.

Au bout d’un certain temps, vous vous apercevez qu’elle a fini par percevoir la somme en question.

Sous un certain rapport, les quinze cent mille habitants de Berlin forment une grande famille; la tête connaît les noms des différents membres, leur demeure, leur lieu de naissance, leurs moyens d’existence et leur religion. Toute personne qui arrive à Berlin est tenue de fournir immédiatement tous ces détails à la police; et de plus, si elle sait combien de temps elle doit y séjourner, elle doit l’en prévenir également. Si elle loue une maison, elle sera imposée d’après le loyer et d’après ses revenus.

On ne lui demandera pas de déclarer son revenu, de sorte qu’elle pourra réserver ses mensonges pour une meilleure occasion; la police l’estimera d’après le loyer qu’elle paye, et prendra ce chiffre pour base de son imposition.

Les droits sur les articles importés sont acquittés avec une exactitude inflexible, que la somme soit grande ou petite; mais le procédé employé pour y arriver est plein de douceur, et d’esprit de tolérance. Le facteur fait toutes les démarches pour vous, si le colis arrive par le courrier, et vous n’avez ni difficultés ni ennuis. Dernièrement un de mes amis apprit qu’il était arrivé à la poste, à son adresse, un colis contenant une ceinture de soie avec une boucle d’or, pour dame, une chaîne d’or également pour y accrocher des clefs. Dans le premier moment de son agitation, il voulut suborner le facteur pour esquiver les droits, mais il se décida à laisser l’affaire suivre son cours régulier. Un instant après, le facteur apporte le colis, avec la liste des droits à percevoir: droit sur la ceinture de soie trente pfennigs; droit sur la chaîne d’or: quarante pfennigs; droit pour la commission: vingt pfennigs.

Ces impôts exorbitants sont levés pour la protection des industries locales allemandes.