À peine fumes-nous renfermées, que replaçant devant les yeux d'Aline la conduite de son père dans cette seule journée, je lui dis, qu'après tous les dangers que nous courrions avec un tel homme, nous ferions peut-être prudemment, d'essayer à nous sauver d'où nous étions. Je lui représentai qu'une fois au château, les moyens que nous trouvions à présent ne nous seraient peut-être pas offerts. Mais mademoiselle qui ne se ressouvenait point du château de Blamont, où elle n'avait été qu'une fois avec sa mère, dans son enfance, me dit qu'il lui paraissait impossible que nous n'eussions là les mêmes moyens qu'ici; qu'elle espérait fléchir Dolbourg; obtenir de lui de renoncer à ses projets, et que favorisée par monsieur Déterville, elle ne voulait s'écarter en rien des conseils qu'elle en avait reçu. —Mademoiselle, lui dis-je, monsieur Déterville, qui s'est expliqué devant moi, a dit ce me semble, que pour légitimer votre fuite il ne fallait que trouver des torts à monsieur votre père. Ses propos, . . . ses projets d'aujourd'hui, tout cela n'annonce-t-il pas des horreurs . . . Julie, me dit cette inestimable maîtresse, tu ne sais pas ce que c'est que d'accuser son père? Tu ne sens pas ce qu'il en coûte à une ame comme la mienne, pour divulguer des torts de cette espèce, dans celui de qui je tiens le jour; j'aimerais mieux mourir que d'oser une telle chose; et dans tout ceci, d'ailleurs, il n'y a encore rien de réel, rien que je puisse prouver, et rien qu'il ne puisse combattre . . . Ô ma chère amie! espérons, ceci ira peut-être mieux que tu ne crois, j'attends tout de Dolbourg . . . Quoi qu'il en soit, ajouta-t-elle, en me saisissant la main, avec un air qui me fit frémir, ne crains rien Julie, je ne trahirai jamais l'amant que j'aime; je ne ferai jamais d'autre choix que celui de ma mère; et s'il faut une victime à ces monstres, voilà la main, dit-elle, en tendant la sienne, voilà la main qui en ouvrira le flanc . . . Ensuite elle se jetta sur le lit sans se deshabiller, et passa la nuit dans les larmes.
Le lendemain matin on vint nous avertir pour le départ, nous sortîmes promptement et fûmes nous tenir à la porte de la chambre de monsieur, sans y entrer. Il parut; nous descendîmes avec lui et nous reprîmes dans la voiture les mêmes places que nous avions la veille. Monsieur ne dit pas un mot, nous imitâmes son silence et nous arrivâmes vers midi au château de Blamont, dont les abords ténébreux et isolés surprirent et effrayèrent mademoiselle, qui, comme je viens de le dire, ne se ressouvenait plus de sa position. La voiture pénétra jusques dans la cour intérieure, et là, nous trouvâmes monsieur Dolbourg, qui offrit son bras à mademoiselle pour descendre de la voiture; elle accepta cette politesse et lui fit une révérence pleine de douceur. La voiture se retira, nous entrâmes dans la salle d'en bas; tout est triste dans cet affreux château, tout y noircit l'imagination, tout y inspire la terreur; et cette horrible maison a plutôt l'air d'une forteresse que d'une habitation de campagne; on n'y voit que des voûtes, des grilles, des portes épaisses. Dès que nous fûmes entrées, monsieur me dit de faire porter les équipages de sa fille dans l'appartement qu'on m'indiquerait; mais mademoiselle m'arrêtant, demanda instamment à ces deux messieurs de permettre que je ne la quittasse point. Oh! parbleu, dit brusquement monsieur de Blamont, elle ne mangera ni ne couchera pourtant point avec vous; il me semble qu'une fille est en sûreté quand elle est entre son père et l'époux qui doit lui appartenir. —Vous n'avez rien à craindre mademoiselle, dit monsieur Dolbourg, daignez me croire et laissez sortir votre Julie. Aline n'osa résister; je fus faire ce qui m'était ordonné et revins aussi-tôt dans le sallon; mademoiselle était assise entre ces deux messieurs, et je sus, qu'à cela près de quelques propos déplacés, parce qu'il était impossible à de tels gens de n'en pas tenir, il n'avait été pourtant question, dans cette première entrevue, que de choses indifférentes; dès qu'Aline me vit revenir, elle demanda la permission de se retirer, elle lui fut accordée, monsieur lui donna la main lui-même pour la conduire dans sa chambre; quand elle y entra, voyant qu'il n'y avait qu'un lit, elle demanda instamment qu'on en tendit un autre pour moi. —C'est impossible, lui répondit le président, mais elle est à portée de vous et voilà des sonnettes dont vous pouvez vous servir au besoin; cela dit, il se retira, et nous nous arrangeâmes dans cette chambre; en furetant dans les différens coins, nous aperçûmes dans l'embrâsure d'une fenêtre la ligne suivante, écrite avec un crayon: C'est ici que la malheureuse Sophie, . . . la phrase n'était pas finie . . . —Oh ciel! dit Aline effrayée, . . . ce sera ici qu'il aura conduit cette pauvre fille. Je ne le savais pas, on me l'avait dite au couvent . . . Et qu'en a-t-il fait? Pourquoi l'a-t-il emmenée dans ce château? . . . Pourquoi n'a- t-elle pu écrire que cette ligne? . . . Ô Julie! tout me fait frémir . . . Nous en étions là, quand on vint avertir mademoiselle que le dîner était servi, bien sûre qu'on la forcerait d'y paraître elle n'osa faire des excuses, elle se remit comme elle pût de son trouble et descendit. Elle vit alors que la société était composée des deux amis, d'une vieille dame, d'une jeune personne de quinze à seize ans, assez jolie, et d'un jeune abbé; la conversation fût générale tant que les laquais servirent; mais renvoyés au désert, elle prit un ton bien différent. —Aline, dit le président, cette jeune personne que vous voyez est la fille de madame, elle est ma maîtresse, je vous la recommande et j'espère que vous vivrez bien avec elle . . . Ce vieux coquin de Dolbourg a été mon rival quelque temps, mais aujourd'hui que le sacrement l'enchaîne, il m'a bien promis que ce ne serait que dans les bras de l'hymen qu'il allumerait les feux de l'amour; ce bel enfant et sa mère seront les témoins de votre mariage, et c'est monsieur l'abbé qui le célébrera, circonstance à laquelle a pensé s'opposer Dolbourg; car l'abbé est galant et votre vieux mari est jaloux comme un italien. Mademoiselle, les yeux constamment baissés, ne répondit jamais un mot. On sortit de table, et dès qu'on en fut hors, elle salua respectueusement son père et se retira. Elle prétexta de la fatigue pour se dispenser du souper, et après avoir encore visité l'une et l'autre tous les coins de la chambre pour s'assurer qu'on ne pouvait y pénétrer par surprise, elle s'y enferma avec moi et passa la nuit à-peu-près comme la précédente, mais plus agitée encore à cause de cette ligne imparfaite de la main de Sophie, et dont elle ne pouvait expliquer le sens. Telle fut l'histoire du 28.
Le lendemain, dès neuf heures, le président frappa, nous lui ouvrîmes, il m'ordonna de me retirer, et ayant dit à sa fille de l'écouter avec attention, il lui demanda si elle était décidée à lui obéir et à épouser le lendemain son ami Dolbourg? Mademoiselle lui dit qu'elle ne pouvait revenir de la surprise où elle était de se voir faire une telle proposition avant même que sa mère ne fût enterrée; monsieur se voyant maître de sa victime, répondit avec des termes durs qu'il se moquait de ces considérations, qu'il voulait être obéi, qu'il venait lui demander sa parole de l'être, ou qu'il allait la faire jetter dans un cachot, dont elle ne sortirait de sa vie. Mademoiselle ne s'allarma point, son courage fût extrême; elle dit qu'elle comptait trop sur les bontés de son père pour craindre d'être ainsi traitée; mais que, puisqu'on exigeait un aussi cruel sacrifice, elle demandait instamment de pouvoir entretenir Dolbourg tête à tête. Cette faveur ne lui fut pas refusée. Le président sortit et monsieur Dolbourg entra peu après . . . Il n'y eut rien qu'Aline ne fit, rien qu'elle ne mit en usage pour le dégoûter de cet hymen, l'amour et le désespoir prêtaient une énergie à ses discours, à laquelle il semblait impossible de résister . . . Dolbourg fût inébranlable; enfin cette intéressante fille se jetta aux pieds de son tyran avec des flots de larmes, pour le conjurer de renoncer à ses projets; . . . tout fût inutile, . . . il lui dit froidement de se relever, . . . que ce qui était décidé se ferait, . . . qu'il ne voulait d'elle que sa personne, . . . nullement son cœur, qu'une fois sa femme, il saurait ou vaincre ses répugnances, ou s'en moquer si elles redoublaient; . . . qu'à l'égard de la haîne qu'elle lui faisait envisager, c'était la chose du monde qui l'effrayait le moins, qu'il la ferait vivre dans une telle solitude et dans une subordination si entière, qu'il n'aurait pas à redouter les effets de cette antipathie. Il dit que cela lui rappelait l'histoire de sa dernière épouse, qu'il avait été de même obligé de la prendre d'assaut, comme il voyait bien qu'il allait faire ici; et que malgré toute la hauteur du caractère de cette femme, malgré les invincibles dégoûts qu'elle avait de même éprouvé pour lui, il avait su la réduire en peu de mois au sort le plus soumis; qu'il se souvenait au mieux des moyens, et que tous violens qu'ils pussent être, il saurait les remettre en usage . . . Alors mademoiselle confuse de s'être abaissé jusqu'à la prière avec un tel monstre, lui a dit fièrement, eh bien! monsieur, tout est dit, mon père peut venir chercher ma parole, je serai votre femme demain.
Monsieur de Blamont revenu, elle lui a renouvellé devant Dolbourg les mêmes promesses avec un visage ferme et tranquille; elle lui a demandé pour unique grace qu'on ne l'obligea point de descendre, et qu'on la laissa vingt-quatre heures seule, pour se préparer à une action qui lui coutait autant. Le président balança, il dit que ce n'était pas à l'esclave à dicter des loix à ses maîtres; aussi, reprit-elle promptement, vous voyez bien que je ne demande que des graces. —Oui, oui, dit Dolbourg, en entraînant le Président, laissons-la bouder vingt-quatre heures, puisque cela l'amuse; il n'y a-t-il pas d'ailleurs des choses auxquelles il faut nécessairement que puisse vaquer une fille qui va cesser de l'être, continua-t-il avec un ton de persiflage aussi impertinent que ridicule . . . Oui, oui, mon enfant, ajouta-t-il, en voulant la prendre sous le menton, (oui, oui, faites bien tout cela, et que je n'aye qu'à me louer du logis quand le papa m'en donnera les clefs.) Alors monsieur, voulant soutenir ce ton de grossière plaisanterie, dit que dans la règle, on devait balayer les chambres avant d'admettre un nouvel hôte, qu'il fallait au moins leur donner de l'air, et que ce soin le regardait seul. Assurément, dit Dolbourg, je ne suis point jaloux, tu le sais, fais ce que tu voudras, mon ami, tu n'avaleras jamais si bien l'huître que je n'en retrouve encore l'écaille, et c'est tout ce qu'il faut à un époux examinateur, et qui malheureusement n'est que cela. Encouragé par ces plats et odieux propos, le président s'avança avec impudence vers sa fille, et la saisissant durement par le bras, sauvage créature, lui dit-il, il n'y a plus de défense ici, il n'y a plus de mère dans le sein de laquelle tu puisses te jetter; mais à ces cruels mots mademoiselle tomba à la renverse dans un fauteuil, et ses larmes . . . ses sanglots allaient la suffoquer infailliblement, si Dolbourg, beaucoup plus effrayé que son ami, ne m'eut appellé fort vîte; cachée dans un coin, en dehors, d'où rien ne m'échappait, j'accourus, mademoiselle était sans connaissance, je la délaçai promptement; . . . mais les scélérats, . . . je frémis en traçant ces indignités, . . . ils osèrent porter des yeux impurs sur ce sein d'albâtre, agité des soupirs de la douleur, . . . . . . inondé des pleurs du désespoir, . . . . . . ils osèrent, . . . . . . Oh monsieur! n'en exigez pas davantage, leurs exécrations furent au comble, . . . on me tenait pendant ce temps-là. Mademoiselle en reprenant ses sens s'apperçut de tout, ah ma chère Julie! s'écria-t- elle, qu'est-ce donc que les monstres ont fait? . . . hélas! répondis-je, en fondant en larmes, c'est à ce prix qu'ils vous accordent vingt-quatre heures . . . Bon reprit-elle avec une fermeté qui m'étonna, je n'ai pas besoin d'un plus long délai, et, s'approchant de la fenêtre, elle en considère l'élévation, elle la mesure des yeux, elle avait plus de quatre-vingts pieds de hauteur, et au bas était un fossé de trois toises de large, et entièrement plein d'eau; . . . et bien Julie, me dit-elle, après un peu de réflexion, . . . tu le vois, voilà nos projets impossibles. —Plus que vous ne pensez, répondis-je avec douleur, nous sommes observées de partout, c'est ce qui met le comble à l'horreur de notre sort; . . . regardez, lui dis-je, en lui montrant l'autre côté du fossé, appercevez deux hommes qui ne quittent jamais notre fenêtre de vue, et si je fais le moindre pas dans la maison, je suis partout suivie par deux autres. Notre position est affreuse. —Je le sens, me répondit Aline, aussi ne me reste-t-il qu'un parti à prendre . . . ne la comprenant pas, j'osai lui dire que dans la terrible circonstance où elle se trouvait, le seul était de fléchir; . . . mais sans en entendre davantage, elle me repoussa avec humeur, je te croyais mon amie, me dit-elle, mais je vois bien que tu ne l'es plus, es-tu déjà vendue à mes tyrans? sont-ce eux qui t'engagent à me parler ainsi? suis-je donc déjà seule sur la terre? suis-je abandonnée? . . . suis- je livrée de toutes parts à mes ennemis? —Oh ciel! m'écriai-je, en me jettant à ses pieds, ma chère maîtresse peut-elle concevoir un tel soupçon? moi, vous trahir, . . . moi, vous abandonner! Ah comptez sur moi jusqu'à la mort . . . À ce mot, elle frissonna, elle se leva brusquement, et me dit, . . . je saurai bientôt si ce que tu m'assures est vrai, et tu verras si le dernier moyen que je me réserve ne me débarrassera pas sûrement de mes persécuteurs! —Quoi vous espérez de vous sauver? —Oui, dit-elle, en souriant d'un air que je me suis rappelé depuis, et qui ne me frappa point assez pour lors; oui, Julie, je me sauverai, . . . je retournerai dans la maison de ma mère, . . . il ne sera pas vrai, comme ils l'ont dit, que son sein ne me servira plus d'asyle, . . . il m'en servira, Julie, . . . il m'en servira encore, . . . et ayant fait deux tours dans la chambre avec une grande vitesse, elle me demanda un verre d'eau . . . Voilà, dit-elle en le prenant, le dernier repas que je veux faire à Blamont. —Mademoiselle, lui dis-je, croyant la voir un peu remise, et lui supposant des moyens de fuir qu'elle allait me communiquer, ce repas ne vous donnera pas de grandes forces, si vous avez envie d'aller loin. —Assurément, me dit-elle d'un air ouvert et libre, assurément, ma bonne amie, j'irai fort loin . . . Peut-on trop fuir un tel séjour! . . . Elle me demanda son écritoire, je le lui donnai, . . . elle me dit de la laisser tranquille jusqu'à ce qu'elle sonna. —J'obéis, elle écrivit jusqu'à sept heures, . . . alors, elle me fit entrer, et après m'avoir fait asseoir, regarde les souscriptions de ces lettres, me dit-elle, . . . je les lis; sur l'une était écrite à mon meilleur ami; je gage, lui dis-je, que celle-la est pour monsieur Déterville, —Assurément, . . . je lus l'autre, il y avait, à celui que j'idolatrerai même au delà du tombeau . . . oh! pour celle-là, lui dis-je, je mettrai le nom quand vous voudrez, et elle sourit . . . Sur la troisième était: aux mânes de ma mère, veux-tu porter celle-la, me dit-elle? —Oh! Mademoiselle! —eh bien! je la porterai, mon enfant, . . . je la remettrai moi-même; . . . et elle se leva avec une agitation prodigieuse. Oh! pourquoi tous ces mouvemens, . . . pourquoi toutes ces paroles m'ont-elles échappées? . . . peu après, elle me dit que depuis que nous étions hors de Vertfeuille, nous n'avions pas encore imaginé de prier un instant pour sa mère, cela est vrai, lui dis-je, —réparons cela Julie; elle se mit à genoux, m'ordonna de m'y mettre et de réciter dans mon livre, l'office des morts, lentement et de manière à ce qu'elle pût me suivre et m'entendre, elle remplit ce devoir avec une ferveur, . . . une componction qui m'édifia jusqu'aux larmes; ensuite elle voulut que nous récitassions ensemble le vingt-quatrième psaume Dominus illuminatio mea, dont le sens est, que quelque soit le nombre des ennemis qui nous accablent, on ne doit rien craindre, quand on a Dieu pour protecteur et la vie éternelle pour espoir, mais quand elle en fut au seizième verset, mon père et ma mère m'ont abandonnée, le Seigneur seul s'est chargé de moi; ses yeux se remplirent de larmes, . . . et elle se livra à la plus profonde douleur, peu après elle se releva; je suis plus tranquille à-présent, me dit-elle, on ne conçoit pas quelle satisfaction éprouve une ame sensible à prier pour ce qui l'intéresse; cette pauvre mère, . . . cette tendre mère, . . . comme elle m'aimait, quels soins elle a pris de mon enfance! . . . comme dans un âge plus avancé, le bonheur de ma vie l'occupait uniquement, comme elle me pressait encore dans ses bras quelqu'heures avant d'expirer! je n'ai plus rien, tout est perdu pour moi sur la terre, tout est perdu, Julie, je n'ai plus rien, . . . et ses pleurs recommencèrent à couler.
Cependant, il était près d'onze heures, elle me demanda si je voulais veiller avec elle, . . . c'est ce que je désirais, . . . j'acceptai. —Bon, me dit-elle, mais nous ne passerons pas la nuit entière pourtant, un peu avant qu'ils ne viennent me chercher; je serai bien aise de prendre quelqu'heures de repos . . . Je veux être belle pour la cérémonie; . . . je veux l'être autant que la nature pourra me le permettre, . . . ah! me dit-elle, après un instant de réflexion . . . Ils soupent, . . . ils sont dans la joie et dans les plaisirs, . . . ils ne m'entendront pas, donne-moi ma guitarre, elle la prit, l'accorda, et parodia sur-le-champ les couplets qui suivent, sur ceux de la romance de Nina.
Air: Romance de Nina.
Mère adorée . . . en un moment
La mort t'enlève à ma tendresse!
Toi qui survis, oh mon amant!
Reviens consoler ta maîtresse.
Ah! qu'il revienne, (bis) hélas! hélas!
Mais le bien-aimé ne vient pas.
Comme la rose au doux printemps
S'entr'ouve au souffle du zéphire,
Mon ame à ces tendres accens
S'ouvrirait de même au délire,
En vain, j'écoute; hélas! hélas!
Le bien-aimé ne parle pas.
Vous qui viendrez verser des pleurs,
Sur ce cercueil où je repose;
En gémissant sur mes douleurs,
Dites à l'amant qui les cause,
Qu'il fut sans cesse, hélas! hélas!
Le bien-aimé jusqu'au trépas.
Et aussi-tôt qu'elle eut fini, . . . va dit-elle, en brisant avec fureur sa guitarre contre le mur, va loin de moi, inutile instrument, après avoir chanté celui que j'aime pour la dernière fois, tu ne dois plus servir à rien.
Je n'osais lui parler, je la voyais dans un trouble, . . . dans une agitation . . . Tantôt elle se levait et marchait à grands pas; tantôt elle se rasseiyait, et s'abymant dans sa douleur, on n'entendait plus d'elle que des gémissemens et des cris.