Emprisonné pour des excès commis dans une petite maison (peut-être celle d'Arcueil), Sade demande qu'on instruise sa femme de son arrestation, donne l'adresse de sa belle-mère, la présidente de Montreuil, et sollicite la permission de voir un prêtre. «Tout malheureux que je me trouve ici, Monsieur, je ne me plains point de mon sort. Je méritais la vengeance de Dieu, je l'éprouve: pleurer mes fautes, détester mes erreurs, est mon unique occupation.» Il demande son valet de chambre et le prie de ne pas instruire sa famille du sujet de sa détention. «Je serais, dit-il, perdu sans ressources dans leur esprit.» La date de son mariage, d'après cette lettre, serait du 17 mai 1763, et non 1766, comme l'ont dit certains biographes. On a joint à cette curieuse épitre une minute de lettre du gouverneur de Vincennes qui invite le Père Griffet à aller voir un jeune homme de vingt-deux ans, le marquis de Sade, qui a bien besoin de son ministère.

Un volume publié en 1861 (Paris, Techener, in-8º) sous le titre de: Mélanges curieux et anecdotiques tirés d'une collection de lettres autographes ayant appartenu à M. Fossé d'Arcosse, nous offre (nº 1003, p. 416) une lettre autographe adressée à un négociant de Lyon (16 pluviose an vi) pour intérêts particuliers, et 6 pages in-4º, de Fragments autographes paraissant se rapporter soit au Journal de sa détention à la Bastille ou à Vincennes, soit à ses mémoires... temps divisé en 12 parties... Supposition... la première division de 33, sans air, ni lettre, ni encre, ni quoi que ce soit au monde... la deuxième de 34, une heure de promenade et permission d'écrire une seule fois la semaine. Celui sur lequel sont les mots: Histoire de ma détention est particulièrement curieux.

Un de nos amis, bibliophile fervent, nous adresse la lettre suivante que nous croyons devoir reproduire:

«Vous avez bien voulu me communiquer les épreuves de votre étude sur le marquis de Sade; vous me demandez si je n'aurais pas quelques communications à vous faire à cet égard. J'en aurai sans doute, mais en ce moment, éloigné de mes livres et fort occupé d'ailleurs, je dois me borner à quelques notes rapides.

«L'auteur de Justine offre à la psychologie un objet d'études des plus curieux; pour bien le comprendre, il ne faut pas l'isoler de l'époque qu'il traversa. Les derniers de ses écrits n'auraient pas eu le caractère de férocité qu'ils présentent, s'il n'avait pas vu les excès du régime de la Terreur; en inventant les Mariages républicains et les bateaux à soupapes, Carrier n'offrait-il pas la réalité de quelques-unes des inventions du marquis?

«Sade n'a point, de nos jours, manqué d'imitateurs parmi nos écrivains. Sans aller aussi loin que lui, des romanciers ont montré des héros et des héroïnes de la perversité la plus raffinée. Quant aux principes de la philosophie sadesque, quant à sa négation de toute morale, quant à son athéisme, on retrouve tout cela partout aujourd'hui.

«Proudhon, entre autres, a beaucoup emprunté à Sade; il s'en est inspiré en maint endroit; il serait facile d'enregistrer, à cet égard, les rapprochements les plus frappants.

«La Biographie Michaud avance que le marquis fit hommage à chacun des cinq directeurs de la République française, d'un exemplaire de ses monstrueuses productions; ce fait a été révoqué en doute comme tout à fait invraisemblable; il est cependant exact, et des recherches persévérantes ont fait découvrir quel avait été le sort de quelques-uns de ces exemplaires, notamment de celui de Barras; le journal l'Intermédiaire, habituellement si riche en faits curieux, a donné à cet égard des détails piquants.

«Un mot et je finis, Madame Tallien, dont parle une de vos notes, ne jouissait pas, fort peu de temps après la publication de Zoloé, d'une excellente réputation, puisque c'est à elle que fut adressée, selon le Catalogue imprimé de la Bibliothèque nationale (Histoire de France, tom. X. p. 273 nº 19331), une Lettre du diable à la plus grande putain de Paris. La reconnaissez-vous?»

Ce libellé est signé Beelzbud. L'administration de l'immense dépôt de la rue Richelieu a placé cet opuscule dans la réserve où elle range ce qu'elle possède de plus précieux.