[12] Madame de Coulanges ne possédait aucune charge ni aucun titre à la cour, et n'avait même point, pour s'y faire présenter, les droits que donnait à madame de Sévigné l'arbre généalogique des Rabutins; mais l'agrément de son esprit l'y faisait désirer. Madame de Sévigné écrivait d'elle en 1680: «Madame de Coulanges est à Saint-Germain: nous avons su par les marchands forains qu'elle fait des merveilles en ce pays-là, qu'elle est avec ses trois amies aux heures particulières. Son esprit est une dignité dans cette cour.»
[13] Le marquis de Sévigné était encore attaché au service du Dauphin; mais, ennuyé de la cour, où il désespérait de s'avancer, et saisi d'un violent amour pour la retraite et le repos, il était sur le point de vendre sa charge, malgré les conseils de sa mère, qui l'engageait à prendre patience.
[14] C'était une mésalliance; mais, disait madame de Grignan, il faut bien quelquefois fumer ses terres.
[15] La lettre du cheval n'a pas été conservée. On a celle de la prairie, adressée à M. de Coulanges sous la date du 22 juillet 1671. Madame de Sévigné y raconte plaisamment la désobéissance de son valet Picard, qui n'a point voulu aller faner dans la prairie des Rochers. Cette lettre est fort jolie, mais un peu tournée.
[16] L'abbé de Vauxcelles, dans ses Réflexions sur les Lettres de madame de Sévigné, emploie cette comparaison, sans faire entrevoir jusqu'à quel point il la croit juste. C'est risquer de ne donner qu'une idée fausse ou qu'une idée vague.
[17] Il y en aurait long à citer, si l'on voulait rassembler tous les éloges de son talent, toutes les définitions et toutes les appréciations admiratives de son esprit, que ses amis lui adressèrent à elle-même. Corbinelli allait jusqu'à dire, dans son style entortillé, qu'il voulait lui donner envie de la conformité que Cicéron pouvait avoir avec elle sur le genre épistolaire. Dès 1668, Bussy avait fait mettre au-dessous du portrait de sa cousine, qu'il avait dans son salon, cette inscription, dont il lui fit part: Marie de Rabutin, marquise de Sévigné, fille du baron de Chantal, femme d'un génie extraordinaire et d'une solide vertu, compatibles avec la joie et les agréments. Tandis qu'elle trouvait dans chacun de ses amis un critique louangeur, elle jouait continuellement le même rôle à l'égard de sa fille. Elle ne cesse de célébrer et de caractériser le style de madame de Grignan, non-seulement avec la complaisance d'une mère tendre, mais avec la curiosité littéraire, la critique exercée, l'acumen d'une femme de goût, d'une connaisseuse en fait de style épistolaire.
[18] Il est bon de remarquer d'ailleurs que cela lui eût été matériellement impossible. En effet, il lui arrive souvent d'écrire plus de vingt lettres par mois à sa fille: et cela, non dans la solitude des Rochers, mais à Paris, au milieu des affaires, des visites, des fêtes, sans compter les correspondances avec d'autres, qui allaient leur train.
[19] La préciosité de ce passage est charmante. Mais quelquefois madame de Sévigné tombe dans une autre espèce de préciosité plus apprêtée et moins agréable. Elle écrit à Bussy en 1680, à cinquante-quatre ans: «Je suis un peu fâchée que vous n'aimiez pas les madrigaux. Ne sont-ils pas les maris des épigrammes? Ce sont de si jolis ménages, quand ils sont bons!» De pareils traits sont rares heureusement. Madame de Sévigné n'avait pu traverser tout à fait impunément l'hôtel de Rambouillet.
(Extrait du Dictionnaire encyclopédique de la France; Univers pittoresque).
[20] On croit que ce mot est de madame du Deffant.