14o. L’expérience du trou d’épingle (qu’on trouverait bien admirable, si elle étoit moins commune) fournit elle seule une démonstration de l’excessive ténuité des rayons; car regardez à travers ce trou pendant un jour entier, vous verrez toujours les mêmes objets, & aussi distinctement: donc il vient à chaque moment indivisible, des rayons de tous les points de ces objets, frapper votre rétine: or il faut de deux choses l’une, ou que ce ne soient pas les rayons du Soleil qui ayent augmenté le poids de l’Antimoine de M. Homberg, ou qu’il entrât pendant ce jour dans vos yeux plusieurs onces de Feu, puisqu’il y entreroit plus de rayons qu’il n’en pouvoit être entré dans le régule d’Antimoine pendant sa calcination. Mais s’il entroit cette quantité de Feu dans nos yeux en un jour, combien y en entreroit-il en une semaine, en un mois, &c. que deviendroit cette matiere ignée, si elle étoit pesante? Je crois donc qu’il est démontré en rigueur, par la façon dont nous voyons, par les phénomenes de la lumiére, & par les loix primitives du choc des corps, que (supposé que le Feu pese) nous ne pouvons nous appercevoir de son poids, & que si tous les rayons que le Soleil envoye sur notre hémisphere pendant le plus long jour de l’Eté, pesoient seulement 3 livres, nos yeux nous seroient inutiles, & l’Univers ne pourroit soutenir un moment la lumiére.
Argument de M. Musschenbroek, en faveur de la pesanteur du Feu. 15o. Le sçavant M. de Musschenbroek fait en faveur de la pesanteur du Feu, un argument qui paroît très-fort. Le Fer ardent que vous pesez, dit-il, vous le pesez dans l’air qui est un fluide, or le Feu ayant augmenté le volume de ce Fer par la raréfaction, il devroit peser moins dans l’air lorsqu’il est chaud, & que son volume est plus grand, que lorsqu’il s’est contracté par le froid, & que son volume est diminué, & vous ne trouvez le même poids dans le Fer refroidi, que parce que le Feu avoit réellement augmenté le poids du Fer enflammé; car s’il ne l’avoit pas augmenté, vous auriez dû trouver votre Fer moins pesant lorsqu’il étoit tout rouge, que lorsqu’il étoit refroidi.
Réponse à cet argument. Cet argument seroit invincible, si l’on étoit sûr qu’aucun autre corps que le Feu ne se fut introduit dans le Fer enflammé; mais on est bien loin d’en être sûr, car s’il peut se mêler des corps étrangers aux corps calcinés par les rayons du Soleil (le Feu le plus pur que nous connoissions) combien à plus forte raison pourra-t-il entrer de particules de bois ou de charbon dans les corps qu’on expose au Feu ordinaire? Ainsi on sent aisément qu’en réfutant l’expérience de M. Homberg, j’ai compté réfuter celles de M. Boyle, & Lémery, & toutes celles enfin qu’on a faites sur les corps augmentés de poids par le Feu; cette augmentation que le Feu d’ici-bas cause dans les corps, devroit même être fort sensible par la quantité de particules hétérogenes qu’il doit introduire dans leurs pores, & elle n’est imperceptible dans quelques-uns, que parce qu’ils perdent beaucoup de leur propre substance par l’action du Feu, & que leur pesanteur spécifique diminue par la raréfaction.
Il faut donc conclure de toutes ces expériences que le Feu ne pese point, ou que s’il pese, il est impossible que son poids soit jamais sensible pour nous.
VII.
Quelles sont les propriétés distinctives du Feu.
Le Feu tend naturellement en-haut. Mais si après avoir examiné les expériences de la pesanteur du Feu, on vient à considérer sa nature & à rechercher ses propriétés, on ne peut s’empêcher de reconnoître que loin d’avoir cette tendance vers le centre de la terre, que l’on remarque dans les autres corps, il fuit au contraire toujours ce centre, & que son action se porte naturellement en haut.
L’Académie de Florence a découvert cette tendance du Feu en haut, par une expérience qui ne permet plus aux Philosophes de se méfier de leurs sens, quand ils voyent la flamme monter, & l’action du Feu se porter toujours en haut.
Deux Thermometres, l’un droit, & l’autre renversé, ayant été mis dans un tube de Verre, & deux globes de Fer, rouges & égaux, approchés à égale distance de ces tubes, le Thermometre qui étoit droit, monta sensiblement plus que celui qui étoit renversé ne descendit. Je ne rapporte point le procedé de cette expérience, ni les autres circonstances qui l’accompagnerent, on peut les voir dans les Tentamina Florentina, mais toutes ces circonstances concourent à prouver que le Feu tend naturellement en haut, loin d’avoir aucune tendance vers le centre de la terre.
Cette tendance du Feu en haut, dépend d’une autre propriété particuliére au Feu, par laquelle il tend à l’équilibre, & se répand également dans tout l’espace, lorsque rien ne s’y oppose; ainsi le Feu tend sans cesse à se dégager des pores des corps, & à se répandre en haut où il n’y a point d’atmosphere sensible, & où il peut s’étendre également de tous côtés sans obstacle; car l’atmosphere contribue infiniment à la chaleur dans laquelle nous vivons, ainsi que le froid qu’il fait sur les Montagnes le prouve.
Une expérience bien simple, & que j’ai répétée souvent, prouve encore cette tendance du Feu en haut.