Cependant son Traité De Flammæ ponderabilitate, ne prouve autre chose sinon que la flamme pese, & que les parties pénétrent à travers les pores du verre, mais aucune de ses expériences ne prouve la pesanteur des parties élémentaires du Feu.
* Page 8. 9o. Le même Boyle rapporte * qu’une once de corne de cerf perdit au Feu six ou sept grains de son poids, & qu’une once de Zinc * en perdit * Page 39. cinq grains, & plus, par l’action du Feu.
10o. Du Charbon enfermé hermétiquement dans une boîte de Fer, & exposé pendant quatre heures à un Feu très-violent, a diminué de 4 onces environ sur 4 livres, & j’ai été témoin de cette expérience.
11o. M. Bolduc assûre que l’Antimoine calciné dans un vase de terre, diminue de poids, bien loin d’augmenter.
12o. M. Hartsoëker, de son côté, ayant tenu de l’Etain pendant des heures entiéres, & du Plomb pendant plusieurs jours de suite dans le foyer d’un Verre ardent, ne trouva aucune augmentation dans le poids de ces métaux.
13o. Le célébre Boërhaave rapporte qu’ayant tenu du Plomb dans un Fourneau de digestion pendant trois ans, à un Feu de 84 degrés, & l’ayant exposé pendant quatre heures au feu de sable, le Plomb n’augmenta nullement de poids; cependant si les expériences varient, c’est une preuve certaine que ce n’est point le Feu qui augmente le poids des corps, car s’il l’augmentoit une fois, il l’augmenteroit toujours. Mais si l’on attribue cette augmentation lorsqu’on en trouve, à l’intromission de quelques parties hétérogenes dans les pores des corps que l’on expose au Feu, on conçoit aisément que les différentes circonstances de l’opération peuvent changer ces effets; voilà pourquoi de toutes les expériences répétées sur le poids des corps exposés au Feu, aucune n’est entiérement la même. L’augmentation que le même Feu cause dans les corps est tantôt plus grande, tantôt moindre, comme on peut s’en convaincre en lisant les expériences de Boyle, ou en opérant soi-même; ce qui prouve bien que ce n’est pas à une cause aussi invariable que le Feu, qu’il faut attribuer l’augmentation du poids des corps.
L’expérience de M. Homberg que je viens d’examiner, fournit elle-même une preuve qu’on ne doit point attribuer au Feu l’augmentation de poids qu’on remarque dans les corps qu’on lui expose; car il trouva dans cette expérience le poids de l’Antimoine augmenté d’un dixiéme.
Or en supposant l’émission de la lumiére, tout le Feu que le Soleil envoye sur notre hémisphere pendant une heure du jour le plus chaud de l’Eté, doit peser à peine ce que M. Homberg suppose qu’il en étoit entré dans son régule d’Antimoine: en voici, si je ne me trompe, la démonstration.
On connoît la vîtesse des rayons du Soleil depuis les observations que Mrs. Huguens & Roëmer ont faites sur les Eclipses des Satellites de Jupiter; cette vîtesse est environ de 7 à 8 minutes pour venir du Soleil à nous: or, on trouve que si le Soleil est à 24000 demi-diametres de la Terre, il s’ensuit que la lumiére parcourt en venant de cet Astre à nous, mille millions de pieds par seconde en nombres ronds; & un Boulet de Canon d’une livre de balle poussé par une demi livre de Poudre, ne fait que 600 pieds en une seconde, ainsi la rapidité des rayons du Soleil surpasse en nombres ronds 1666600 fois celle d’un boulet d’une livre.
Mais l’effet de la force des corps étant le produit de leur masse par le quarré de leur vîtesse, un rayon qui ne seroit que la 1/2777555560000e partie d’un boulet d’une livre feroit le même effet que le Canon, & un seul instant de lumiére détruiroit tout l’Univers; or je ne crois pas que nous ayons de minimum pour assigner l’extrême ténuité d’un corps qui n’étant que la 1/2777555560000e partie d’un boulet d’une livre feroit de si terribles effets, & dont des millions de milliars passent à travers un trou d’épingle, pénétrent dans les pores d’un Diamant, & frappent sans cesse l’organe le plus délicat de notre corps sans le blesser, & même sans se faire sentir.