Il y a plusieurs remarques à faire sur ces deux expériences.

Examen de l’expérience de M. Homberg, sur le poids de l’antimoine calciné au verre ardent. 1o. Pendant tout le tems de la calcination de l’Antimoine de M. Homberg, on fut obligé de le remuer avec une spatule de fer: or il est très-possible que la chaleur ait détaché quelques particules de cet instrument, lesquelles s’étant jointes au régule, auront augmenté son poids. Les sels & les souffres dont l’air est toujours chargé, auront pû s’unir aussi à l’Antimoine par l’action du feu, & à la faveur de ce mouvement continuel de la spatule avec laquelle on le remuoit; ainsi on est bien loin d’être sûr que ce soit le feu qui ait augmenté son poids, car si le feu est le plus subtil dissolvant de la Nature, il est aussi le plus puissant agent pour unir les corps.

2o. Ce qui confirme cette conjecture, c’est que les corps qui augmentent le plus leur poids par le Feu, sont ceux qu’on remuë pendant leur calcination, & qu’ils perdent tout le poids acquis, & même de leur propre substance, lorsqu’on les remet en fusion. Boyle lui-même, convient que l’agitation continuelle pendant la calcination, est ce qui contribue le plus à augmenter l’action du Feu sur les corps.

3o. L’Antimoine de M. Homberg ayant été mis en fusion au véritable foyer, perdit tout le poids acquis, & encore un huitiéme de son propre poids: or si des particules de Feu avoient augmenté son propre poids dans la calcination, comment se pourroit-il qu’il eut perdu ce poids au véritable foyer? un nouveau Feu n’auroit-il pas dû produire au contraire une nouvelle augmentation, & puisque le poids de l’Antimoine diminua dans la fusion, au lieu d’augmenter, n’est-il pas vrai-semblable que le Feu du foyer étant plus violent que celui auquel on l’avoit calciné, sépara les parties hétérogenes qui s’étoient unies au régule d’Antimoine, & qui avoient augmenté son poids pendant la calcination.

4o. Tous les Métaux en fusion, perdent de leur poids, & cependant la fusion est l’état dans lequel ils reçoivent la plus grande quantité de feu; ainsi si le Feu augmentoit le poids des corps, il devroit augmenter considérablement celui des métaux en fusion, mais au contraire leur poids diminue, il est donc certain que la plus grande quantité de Feu que ces métaux puissent recevoir, n’augmente point leur poids.

On sent aisément que la diminution de poids des métaux en fonte doit être attribuée aux parties que ce Feu violent fait évaporer d’entre leurs pores, & à l’augmentation de leur volume.

Examen & confirmation de l’expérience de M. Boërhaave sur le poids du fer enflammé. 5o. Le Fer de M. Boërhaave pendant qu’il étoit tout pétillant de feu, devoit contenir bien plus de particules ignées, que l’Antimoine de M. Homberg, qui avoit été calciné à 18 pouces du véritable foyer du miroir, & cependant ce Fer tout imprégné de Feu ne pesoit pas un grain de plus que lorsqu’il étoit entiérement froid. Je ne vois cependant aucune raison pour laquelle si le Feu étoit pesant, il n’augmenteroit pas toujours le poids des corps qu’il pénétre, je puis certifier que cette égalité de poids s’est retrouvée dans des masses de Fer depuis une livre jusqu’à 2000 livres, que j’ai fait peser devant moi toutes enflammées, & ensuite entiérement froides.

Autres expériences sur la pesanteur du Feu. 6o. L’augmentation du poids des corps calcinés à travers le verre, est beaucoup moins considérable que celle des corps que l’on calcine en plein air, cependant la même quantité de feu pénétre à travers le verre, puisqu’il produit le même effet sur ces corps, & qu’il les calcine; d’où peut donc venir cette différente augmentation de poids, lorsque la calcination se fait en plein air, ou lorsqu’elle se fait sous le verre, sinon de ce qu’il se joint alors moins de corps étrangers au corps calciné?

7o. L’Antimoine devient rouge dans la calcination, & lorsqu’on le met en digestion dans de l’Esprit de Vin, il rend une teinture rougeâtre, & se trouve après du même poids qu’avant la calcination: donc cette couleur rougeâtre lui étoit venue des parties sulfureuses que le Feu lui avoit unies pendant la calcination, puisqu’après s’être déchargé de cette teinture, il se trouve du même poids qu’il avoit avant d’être calciné.

8o. M. Boyle est un des Philosophes qui a fait le plus d’expériences sur la pesanteur du Feu, & toutes concourent à l’établir.