On peut répondre que l’ame n’est pas impénétrable, & qu’elle fait cependant remuer notre corps qui est composé de parties qui résistent. Et qu’enfin tout ce qui agit sur les corps, n’est pas corps, puisque Dieu certainement n’est pas matiere, & qu’il agit cependant sur la matiére.
2o. Les rayons se réfléchissent de dessus les corps pour venir à nos yeux, or la réfléxion emporte nécessairement l’élasticité du corps qui réfléchit: donc, puisque les rayons réfléchissent, il faut qu’ils soient composés de parties résistantes.
Mais on peut répondre encore que M. Newton a fait voir que ce n’est point en rebondissant de dessus les parties solides des corps, que la lumiére se réfléchit, & que par conséquent la réfléxion de la lumiére ne prouve point l’impénétrabilité du Feu, que même ce phénomene de la réfléxion pourroit faire croire que la lumiére n’est point impénétrable; car comment le rayon perpendiculaire retournera-t-il après la réfléxion, par la ligne selon laquelle il est tombé, si dans cette ligne il rencontre une continuation de lui-même, qui lui résistera par ses parties solides, & l’empêche par conséquent de retourner par la ligne déjà décrite? Si on dit que ce rayon ne décrira pas tout-à-fait la même ligne, mais qu’il se détournera un peu, outre que ce seroit détruire un axiome d’Optique, qui passe pour incontestable, je demande quelle seroit la raison de cette déclinaison du rayon, & ce qui le détermineroit à décliner plûtôt à gauche qu’à droite? Si l’on me répond enfin, que l’extrême porosité que le Microscope découvre dans les corps soumis à nos recherches, nous porte à croire que la ténuité des parties constituantes du Feu peut suffire pour opérer la réfléxion du rayon perpendiculaire, & tous les phénoménes de la lumiére qui étonnent le plus notre esprit, & qui pourroient nous faire douter de l’impénétrabilité du Feu: je demande comment on peut concevoir qu’un rayon composé d’un million de pores qui séparent ses parties solides, puisse venir du Soleil à nous en ligne droite, sans être interrompu & sans se confondre avec des milliasses d’autres rayons de différentes couleurs qui émanent en même tems que lui du Soleil?
On est donc obligé d’avouer qu’on peut avec quelque fondement regarder l’impénétrabilité du Feu comme douteuse.
VI.
Le Feu tend-il vers le centre de la Terre?
Les Philosophes conviendront sans doute qu’il peut y avoir plusieurs corps qui ne tendent point vers le centre de la terre, telle doit être par exemple la matiere qui fait la pesanteur, & qui chasse les corps vers le centre de la terre; voyons donc si le Feu est dans le même cas, ou bien s’il tend vers la terre comme les autres corps.
C’est encore à l’experience, ce grand maître de Philosophie, à nous apprendre si le Feu a cette propriété.
Je me contenterai d’examiner ici l’expérience de M. Homberg sur le poids du régule d’Antimoine calciné au Verre ardent, & celle de M. Boërhaave sur le poids du Fer enflammé.
M. Homberg rapporte que 4 onces de régule d’Antimoine exposées à un pied & demi du véritable foyer du miroir du Palais Royal, augmentérent de 3 dragmes, & de quelques grains pendant leur calcination, c’est-à-dire, environ d’un dixiéme; mais qu’ayant été mises ensuite en fusion au véritable foyer, elles perdirent ce dixiéme acquis, & un huitiéme de leur propre poids.
M. Boërhaave, au contraire, ayant pesé 8 livres de Fer, ne trouva aucune différence de poids entre ce Fer enflammé & ce Fer absolument froid.