Le Marbre nous paroît plus froid que la Laine, parce qu’étant plus compact, il touche notre main en plus de points, & qu’il prend par conséquent d’autant plus de notre chaleur; ainsi malgré quelques apparences, nous sommes forcés de reconnoître cette égale distribution du Feu dans tous les corps.
Le froid artificiel que Faheinrhest a trouvé le moyen de produire, & qui fait baisser le Thermometre à 72 degrés au-dessous du point de la congélation, prouve que dans les plus grands froids que nous connoissions, aucun corps n’est privé du Feu, & qu’il habite en tous, & en tout tems.
Le Feu tend par sa nature à l’équilibre. Cette distribution égale du Feu dans tous les corps, cet équilibre auquel il tend par sa nature, & dont on a été si long-tems sans s’appercevoir, nous étoit cependant indiqué par mille effets opérés par le Feu, qui sont sans cesse sous nos yeux, & ausquels on ne faisoit aucune attention.
Preuves. 1o. Toutes les parties d’un corps quelconque s’échauffent également, pourvû que le Feu ait le tems de le pénétrer; or si le Feu ne tenoit pas à l’équilibre par sa nature, il est à croire qu’il trouveroit dans les corps, des parties dans lesquelles il pénétreroit plus facilement que les autres, ainsi leurs parties seroient inégalement échauffées, ce qui n’arrive pas.
2o. Un corps tout pétillant de Feu, auquel on applique un corps froid, perd de sa chaleur jusqu’à ce qu’il ait communiqué à cet autre corps une quantité de Feu qui rétablisse l’équilibre entr’eux.
3o. L’Huile de Tartre par défaillance, qui nous paroît si ignée, & l’Huile de Térébenthine distillée, qui garantit nos corps du froid, & qui nous paroît si chaude, ne le sont pas plus par elles-mêmes que l’Eau pure; car étant mêlées avec l’Eau, elles ne changent rien à sa température: ce qui prouve que l’effervescence que quelques liqueurs font avec l’eau, ne vient pas de ce que ces liqueurs contiennent plus de Feu que l’eau pure.
Cette tendance du Feu à l’équilibre, est la cause de l’échauffement & du refroidissement des corps. 4o. Cette tendance du Feu à l’équilibre paroît être la cause de l’échauffement des corps, car sans cette indifférence du Feu pour un espace quelconque, il seroit difficile d’imaginer comment tous les corps pourroient s’échauffer si facilement; mais cette tendance du Feu quaquaversum fait qu’il est aisé de le rassembler, & que peu de chose suffit pour rompre son équilibre, de même que le moindre poids fait pancher une balance bien juste.
5o. Cette égale distribution du Feu semble être encore l’unique cause du refroidissement des corps échauffés, car on ne voit nulle raison pour laquelle le Fer tout imprégné de feu, n’en retiendroit pas quelques particules dans sa substance, ni pourquoi aucun corps n’exhale tout le Feu qu’il contient; l’équilibre du Feu donne la clef de toutes ces énigmes, car cet équilibre demande que tous les corps en contiennent une certaine quantité déterminée. C’est encore cette tendance du Feu à l’équilibre, qui fait que l’Huile & l’Esprit de Vin, ces liqueurs si spiritueuses, se refroidissent après l’ébullition au même degré que l’Eau; car comment l’air pourroit-il leur ôter la chaleur qu’elles acquiérent en bouillant, si le Feu par lui-même ne tendoit à rétablir l’équilibre entre tous les corps, dès que la cause qui l’avoit rompu, vient à cesser? Les corps se refroidissent également dans le Vuide de Boyle, & dans l’Air; or si le Feu ne tendoit pas à l’équilibre, les corps une fois échauffés devroient conserver plus de particules de Feu dans le Vuide que dans l’Air.
6o. Le même Feu qui fond l’Or & les Pierres au foyer du Miroir ardent, répand dans l’air une chaleur qui nous est à peine sensible, parce que l’air ne s’oppose pas à l’équilibre du Feu comme l’Or & les autres corps, qui, par leur solidité, le retiennent quelque tems dans leurs pores. C’est encore pourquoi le Feu du Soleil raréfie l’air supérieur sans l’échauffer sensiblement, car la pression de l’atmosphere n’opposant plus sa résistance au Feu, il s’étend sans obstacle, & n’est plus rassemblé en assez grande quantité, pour que nous nous appercevions de sa chaleur; la nécessité de cette pression de l’atmosphere, pour la chaleur du Feu, se fait voir sensiblement dans l’Eau, qui acquiert un plus grand degré de chaleur en bouillant, à proportion de la plus grande pesanteur de l’atmosphere.
7o. Une preuve de l’indifférence du Feu pour tous les corps quelconques, c’est que l’air d’ici-bas, qui est composé de toutes les parties hétérogenes qui se mêlent à lui par les exhalaisons, s’échauffe également par un même Feu.