8o. Le Thermometre d’Esprit de Vin, qui est composé d’une liqueur très-spiritueuse, baisse dans les fermentations froides, & hausse dans les chaudes; d’où peut venir cet effet, si ce n’est de ce que dans les unes il donne de sa chaleur aux corps qui fermentent, & que dans les autres il prend de la leur, ce qui n’arriveroit pas si le Feu ne tendoit à se répandre également dans tous les corps.
Une des propriétés distinctives & inséparables du Feu, est donc d’être également répandu dans tout l’espace, sans aucun égard aux corps qui le remplissent, & de tendre à rétablir l’équilibre de la chaleur entre les corps, dès que la cause qui l’a rompu vient à cesser.
Le Feu paroît incapable par sa nature, d’un repos absolu. Il paroît très-vraisemblable que le Feu est capable de plus ou moins de mouvement, selon que les corps lui résistent plus ou moins, ou que sa puissance est excitée par le frottement, mais que le repos absolu est incompatible avec sa nature; & que c’est le Feu qui imprime aux corps le mouvement interne de leurs parties, c’est ce mouvement qui est la cause de l’accroissement & de la dissolution de tous les corps de l’Univers; ainsi le Feu est, pour ainsi dire, l’ame du monde, & le souffle de vie répandu par le Créateur sur son ouvrage.
VIII.
Conclusion de la premiere Partie.
Je conclus de tout ce que j’ai dit dans cette premiere partie.
1o. Que la lumiére & la chaleur sont deux effets très-différens & très-indépendans l’un de l’autre, & que ce sont deux façons d’être, deux modes, de l’être que nous appellons Feu.
2o. Que l’effet le plus universel de cet être, celui qu’il opére dans tous les corps, & dans tous les lieux, c’est de raréfier les corps, d’augmenter leur volume, & de les séparer jusques dans leurs parties élémentaires, quand son action est continuée.
3o. Que le Feu n’est point le résultat du mouvement.
4o. Que le Feu a quelques-unes des propriétés de la matiere, son étendue, sa divisibilité, &c.
5o. Que l’impénétrabilité du Feu n’est pas démontrée.