Ainsi on peut considérer le Feu dans trois états différens, qui résultent de la combinaison de ces deux forces.

1o. Lorsque l’action du Feu sur les corps, & la réaction des corps sur lui, sont en équilibre; alors c’est comme s’il n’y avoit point d’action, & les effets du Feu nous sont insensibles.

2o. Lorsque cet équilibre est rompu, & que la résistance des corps l’emporte sur la force du Feu; alors les corps se condensent, une partie du feu qu’ils contiennent est obligée de les abandonner, & ils nous donnent la sensation du froid.

3o. Enfin, lorsque l’action du Feu l’emporte sur la réaction des corps, alors les corps s’échauffent, se raréfient, deviennent lumineux, selon que la quantité du Feu qu’ils reçoivent dans leur substance est augmentée, ou que la force de celui qu’ils y renferment naturellement est plus ou moins excitée. Si cette puissance du Feu passe de certaines bornes, les corps sur lesquels il l’exerce se fondent ou s’évaporent; dans ce cas le Feu n’ayant plus d’antagoniste, force par sa tendance quaquaversum, les parties des corps à se fuir, à s’écarter l’une de l’autre de plus en plus, jusqu’à ce qu’enfin il les ait entiérement séparées.

Quelques Philosophes considérant avec quelle force les parties des corps s’éloignent l’une de l’autre dans l’évaporation (puisque la vapeur qui sort de l’eau bouillante augmente son volume jusqu’à 14000 fois) ont supposé dans les particules des corps une force répulsive, par laquelle elles s’écartent & se fuyent dans de certaines circonstances qui déployent cette force; mais cette vertu répulsive paroît n’être autre chose que l’action que le Feu exerce sur les corps, & par laquelle il combat la cohérence de leurs parties; ainsi de ces deux forces combinées, la cohérence des corps, & l’effort que fait le feu pour s’y opposer, résultent tous les assemblages & toutes les dissolutions de l’Univers, la cohésion unissant, comprimant, connectant les parties des corps, & le Feu, au contraire les écartant, les séparant, les raréfiant.

Il faut donc examiner les différens effets qui résultent de la combinaison de ces forces.

II.
Des causes de la chaleur des corps.

Un corps s’échauffe, ou parce qu’il reçoit plus de Feu dans ses pores, ou parce que celui qui y est renfermé, reçoit un nouveau mouvement.

Il me semble qu’on peut rapporter les différentes causes qui peuvent produire ces effets sur les corps, à deux principales.

Deux causes de la chaleur des corps. La premiére est la présence du Soleil & la direction des rayons qu’il nous envoye; les corps reçoivent par la présence du Soleil, un nouveau Feu dans leurs pores, & ils en reçoivent d’autant plus que l’incidence de ses rayons est plus perpendiculaire.