Je vais commencer par examiner les progrès & les bornes de cet effet du Feu dans les solides.
Le Feu étend les corps selon toutes leurs dimensions. Cette dilatation n’étend pas les corps seulement en longueur, mais selon toutes leurs dimensions, & cela doit être ainsi, puisque l’action du Feu se porte également de tous côtés; ainsi un cylindre de Cuivre ne passe plus, lorsqu’il est chaud, à travers le même anneau qui le transmettoit avant d’être échauffé.
Un Philosophe de nos jours, qui joint l’adresse de la main aux lumieres de l’esprit, a porté cette découverte à sa perfection, par l’invention d’un instrument qui nous fait voir la 1/12500e partie d’un pouce dans l’augmentation du volume des corps, ainsi la plus petite différence qui puisse être sensible pour nous, tombe sous nos yeux par le moyen du Pyrometre.
Cet instrument nous a appris:
Tous les solides se dilatent par l’action du Feu. 1o. Que la Craye blanche que l’on croyoit exceptée de cette regle generale de la dilatation, y est soumise, d’où l’on doit conclure qu’il est vraisemblable qu’il ne nous manque que des instrumens & des yeux assez fins pour nous appercevoir de celle que les rayons de la Lune operent, & de celle que le Sable qui paroît encore s’y refuser, subit.
La raison que suit cette dilatation, est inconnue. 2o. Cette dilatation des corps est plus grande dans les plus legers, & moindre dans ceux qui ont plus de masse; mais elle ne suit ni la raison directe de la masse, ni celle de la cohérence des parties, ni une raison composée des deux, mais une raison inassignable; car cet effet du Feu sur les corps dépend de leur contexture interne que nous ne découvrirons vraisemblablement jamais.
3o. Cette expansion des corps ne suit point non plus la quantité du Feu; il est bien vrai que plus le Feu augmente, plus la dilatation augmente aussi, mais non pas proportionnellement; la dilatation operée Un Feu double n’opere pas une expansion double, & pourquoi. par deux mêches d’Esprit de Vin, par exemple, n’est pas double de celle qu’une seule mêche opere, mais un peu moindre; & celle que trois mêches produisent est encore dans une moindre raison.
M. Bernoulli a fait voir que l’extension des fibres semblables & homogênes, chargées de poids différens, est moindre que la raison des poids, & que cette raison diminue à mesure que l’extension augmente: il en est de même de la dilatation des corps par le Feu, il les dilate d’autant moins, qu’il les a déja plus dilatés; ainsi une barre de Fer froide est comme une corde non tenduë, ces corps s’allongent tous deux, le fer par le Feu qu’on lui applique, & la corde par le poids dont on la charge, & il faudra d’autant plus de poids & de Feu pour produire une même extension, que le fer sera déja plus dilaté & la corde plus tenduë, car l’extension de la corde & la dilatation du fer sont fixées; ainsi le Feu en dilatant les corps fait sur eux le même effet que s’ils étoient étendus par une force externe quelconque, puisque la pulsion interne du Feu, & la traction appliquée extérieurement, produisent le même effet, qui est l’alongement du corps; il y a cependant cette différence, que le Feu dilate les corps en tout sens, & que la traction extérieure ne les étend qu’en longueur.
4o. On suit la marche du Feu dans la dilatation des corps à l’aide du Pyrometre, cette dilatation est plus lente au commencement, car le Feu est quelque tems à pénétrer dans les pores des corps, & à vaincre la cohesion de leurs parties, mais lorsqu’il a surmonté cette résistance, le corps se dilate davantage; enfin la dilatation est plus lente à la fin lorsqu’elle est prête d’atteindre son dernier degré, car alors le Feu ayant ouvert les pores des corps, il est transmis en partie à travers ces pores dilatés: or ce corps ne recevant que la même quantité de Feu, & en transmettant une partie, les progrès de sa dilatation doivent être moindres.
5o. Le tems dans lequel cette raréfaction s’opere par un même Feu, est différent dans les différens corps, & ne suit aucune raison assignable. La seule regle générale, c’est que plus un corps peut[4] acquérir de chaleur, & plus sa dilatation est lente.