6o. Les Métaux ne se fondent pas tous au même degré de chaleur, le Pyrometre nous apprend bien à la verité la quantité de leur expansion, mais il ne nous informe pas du degré de chaleur qu’ils acquerent dans cette expansion & dans la fusion.

M. de Musschenbroëk Inventeur du Pyrometre, imagina de découvrir la chaleur des Métaux en fonte, par la quantité de raréfaction que les différens Métaux feroient éprouver au Fer, de même que l’on connoît la chaleur des liquides par le degré de raréfaction qu’ils operent sur le Mercure, car le Fer étant celui de tous les Métaux qui se fond le plus tard, il est le plus propre à marquer ces différences.

Cette chaleur des Métaux en fonte ne se trouve encore asservie à aucune regle, elle ne suit pas même la proportion de la dilatation, car le Plomb, qui se dilate presque autant que l’Etain par un même Feu, se trouve cependant avoir besoin pour se fondre, d’un Feu presque double de celui qui fond l’Etain.

Une chose qui est encore assez singuliere, c’est que deux Métaux quelconques mêlés ensemble, se fondent à un moindre Feu, que s’ils étoient séparés.

Les métaux ne s’échauffent plus après la fusion. 7o. Lorsque la dilatation des corps est à son dernier période, leurs parties sont obligées de céder à l’action du Feu, & de se séparer; alors le Feu les fait passer de l’état de solides à celui de fluides, & c’est-là le dernier degré de l’action du Feu sur eux: car leurs pores étant suffisamment dilatés, ils rendent autant de particules de Feu qu’ils en reçoivent, ainsi la chaleur des corps n’augmente plus après la fusion.

Si la puissance du Feu sur les corps n’étoit pas bornée, le Feu détruiroit bientôt l’univers, ces bornes que le Créateur lui a imposées & qu’il ne franchit jamais, sont une des grandes preuves du dessein qui regne dans cet univers.

Le Feu sépare les corps jusques dans leurs parties élémentaires. Lorsque le Feu fait passer les corps solides à l’état de fluides, il les sépare jusques dans leurs parties élémentaires; un grain d’Or fondu avec 100000. grains d’Argent, se mêle avec l’Argent, de façon que ces deux Métaux forment dans la fusion une liqueur dorée; & si après la fusion on sépare un grain de toute cette masse, on retrouve entre l’Or & l’Argent de ce grain la même proportion de 100000. à 1, & l’on n’a point encore trouvé les bornes de cette incorporation de l’Or dans l’Argent.

On voit dans cette expérience un exemple des deux plus puissans effets du Feu sur les corps, l’un de les désunir & de les séparer jusques dans leurs principes, & l’autre de les assembler & de les incorporer ensemble.

Ces deux effets si différens, qui paroissent l’αλφα & l’ωμἑγα de la Nature, (si je puis m’exprimer ainsi,) le Feu les opere par cette même proprieté qui lui fait raréfier tous les corps, car pour que deux corps soient aussi intimement unis que l’Or & l’Argent dont je viens de parler, il faut qu’ils ayent été divisés jusques dans leurs principes, afin que leurs plus petites particules ayent pu s’unir intimement l’une à l’autre en se réfroidissant; ainsi le Feu est le plus puissant, & peut-être le seul agent de la Nature pour unir & pour séparer, il fait le Verre, l’Or, le Savon, &c. & il dissout tous ces corps, il paroît être enfin la cause de la plûpart des formations, & des dissolutions de la Nature.

Le Feu agit différemment sur les différens corps suivant la cohérence, la masse, la glutinité de leurs parties, &c. & tous ces différens effets dépendent de l’action & de la réaction perpétuelle du Feu sur les corps, & des corps sur le Feu, c’est toujours la même cause qui se diversifie en mille façons différentes.