Puisque le Feu dilate tous les corps, puisque son absence les contracte, les corps doivent être plus dilatés le jour que la nuit, les maisons plus hautes, les hommes plus grands, &c. ainsi tout est dans la Nature dans de perpétuelles oscillations de contraction & de dilatation, qui entretiennent le mouvement & la vie dans l’Univers.

La chaleur doit dilater les corps sous l’Equateur, & les contracter sous le Pole; c’est pourquoi les Lapons sont petits & robustes, & il y a grande apparence que les Animaux & les Végétaux qui vivent sous le Pole, moureroient sous l’Equateur, & ceux de l’Equateur sous le Pole, à moins qu’ils n’y fussent portés par des gradations insensibles, comme les Cometes passent de leur aphélie à leur périhélie.

Cette chaleur doit élever la terre dans la région de l’Equateur, & le froid doit abaisser celle du Pole; mais cette élevation causée par la chaleur seulement, doit être insensible pour nous.

Les corps s’échauffent plus ou moins selon leur couleur. Les corps s’échauffent plus ou moins, & plus ou moins vîte, selon leur couleur, ainsi les corps blancs composés de particules très-compactes & très-serrées, cédent plus difficilement à l’action du Feu, c’est pourquoi ils réfléchissent presque toute la lumiere qu’ils reçoivent; les noirs, au contraire, composés de particules très-déliées, cédent aisément à l’action du Feu, & l’absorbent dans leur substance; ainsi un corps noir, toutes choses égales, pese spécifiquement moins qu’un corps blanc: & la facilité avec laquelle le noir s’échauffe, fait que les terres noires sont les plus fertiles.

Ce n’est pas seulement le noir & le blanc qui s’échauffent différemment par un même Feu, mais les sept couleurs primitives s’échauffent à des degrés différens. J’ai fait teindre un morceau de drap des sept couleurs du prisme, & l’ayant mouillé également, l’eau, par un même Feu, s’est retirée des pores de ces couleurs dans cet ordre, à commencer par celles qui se sécherent le plus vîte: violet, indigo, bleu, verd, jaune, orangé & rouge. La réflexion des rayons suit le même ordre, & cela ne peut être autrement, car le corps qui absorbe le moins de rayons, est surement celui qui en refléchit davantage.

Les rayons de différentes couleurs ont peut-être différentes vertus brûlantes. Une expérience bien curieuse (si elle est possible) ce seroit de rassembler séparément assez de rayons homogênes pour éprouver si les rayons primitifs qui excitent en nous la sensation des différentes couleurs, n’auroient pas différentes vertus brûlantes; si les rouges, par exemple, donneroient une plus grande chaleur que les violets. &c. c’est ce que je suis bien tentée de soupçonner:

Natura est sibi semper consona.

Or les différens rayons ne nous donnent la sensation des différentes couleurs, que parce que chacun d’eux ébranle le nerf optique différemment; pourquoi ne feront-ils pas aussi des impressions différentes sur les corps qu’ils consument, & sur notre peau? Il y a grande apparence, si cela est ainsi, que les rouges échauffent davantage que les violets, les jaunes que les bleus, &c. car ils font des impressions plus fortes sur les yeux; la plus grande difficulté est peut-être de s’appercevoir de ces différences, le sens du tact ne paroissant pas susceptible de sentir des variétés aussi fines que celui de la vûë: quoi qu’il en soit, il me semble que cette expérience mérite d’être tentée, elle demande des yeux bien attentifs, & des mains bien exercées, je ne me suis pas trouvée à portée de la faire, mais à qui peut-on mieux s’adresser pour l’exécuter, qu’aux Philosophes qui doivent juger cet Essai?

V.
Comment le Feu agit sur les Liquides.

On sçauroit peu de chose sur la façon dont le Feu agit sur les liquides, sans la découverte de M. Amontons; on sçait que ce sçavant homme, en cherchant le moyen de faire un Thermometre plus parfait que L’eau bouillante n’acquert plus de chaleur. celui de Florence, découvrit que l’eau qui bout, acquert un degré de chaleur déterminé, passé lequel elle ne s’échauffe plus par le plus grand Feu.