Le célébre M. de Reaumur, & Faheinrheit, cet Artisan Philosophe, ont perfectionné tous deux cette découverte d’Amontons.

M. de Reaumur a remarqué que l’eau ne fait pas monter le Thermometre à son dernier période dans le moment même de l’ébullition, mais quelque tems après, & que ce tems va même quelquefois jusqu’à un quart d’heure; ce Philosophe nous en a appris la raison, la liqueur du Thermometre se réfroidit en montant dans le tube, & il faut du tems pour que la chaleur de l’eau contrebalance cet effet des parties du tube; ainsi la chaleur de l’eau n’augmente pas réellement après l’ébullition, mais elle paroît augmenter, & cette augmentation apparente a trompé plusieurs Physiciens, & leur a fait douter de la découverte d’Amontons avant la remarque de M. de Reaumur.

Faheinrheit de son côté a découvert que la pression de l’Atmosphere augmente la chaleur que l’eau acquert en bouillant, en sorte que plus l’Atmosphere est pesant, plus il faut de Feu pour faire bouillir l’eau. Pourquoi? Cette découverte est confirmée par ce qui arrive dans le vuide, où l’eau qui n’étoit que tiede dans l’air, bout dans le moment qu’on la met sous le récipient.

On voit aisément la raison de ce qui arrive alors, car lorsque la surface de l’eau est pressée par un plus grand poids, le Feu sépare plus difficilement ses parties, & par conséquent il faut une plus grande quantité de Feu pour la faire bouillir, puisque c’est dans cette séparation des parties des liquides, que consiste l’ébullition; ainsi il est vraisemblable que l’eau, pressée par un poids pareil à celui que l’Atmosphere auroit à 409640 toises au dessous de la surface de la terre, brilleroit comme les métaux en fonte, car le poids de l’Atmosphere à cette profondeur, seroit égal à celui de l’Or, suivant le calcul de M. Mariotte.

Cette propriété de l’eau de ne point augmenter sa chaleur passé l’ébullition, appartient à tous les fluides, ainsi:

Il en est de même des autres fluides. 1o. Ils acquerent tous des degrés de chaleur différens dans l’ébullition, car il faut que le Feu soit en plus grande quantité pour faire les mêmes effets sur les corps qui lui opposent une plus grande résistance; mais cette quantité de Feu plus ou moins grande, que les différens liquides reçoivent dans leurs pores, ne dépend point de leur masse, car l’Huile qui est plus légere que l’eau, acquert cependant près de trois fois autant de chaleur que l’eau avant de bouillir, & l’Esprit de Vin qui est aussi plus léger que l’eau, acquert moins de chaleur qu’elle dans l’ébullition.

Le Mercure est de tous les fluides celui auquel il faut un plus grand Feu pour bouillir; ainsi on connoît avec certitude le plus grand degré de chaleur des autres fluides, à l’aide des Thermometres de Mercure.

La raréfaction ne suit point la densité des liquides. 2o. La quantité de la raréfaction que le Feu opere sur les fluides, depuis le froid artificiel produit par l’Esprit de Nitre, jusqu’à l’ébullition, est différente dans les différens fluides; mais elle ne suit ni la raison de la pesanteur spécifique, ni celle de la glutinité des parties, ni aucune raison constante, car l’Esprit de Vin qui est plus léger que l’eau, augmente son volume de 1/9e. & l’eau seulement de 1/85e. mais le Mercure dont la pesanteur spécifique est à celle de l’eau comme 14 à 1, augmente le sien de 4/51es. Ainsi il en faut toujours revenir à la contexture intime des corps quand on veut expliquer les effets que le Feu fait sur eux; & comme nous ne la connoîtrons jamais, il y aura toujours dans ces effets des exceptions aux regles les plus générales.

3o. La raréfaction de presque tous les fluides s’opere par des especes de sauts inégaux; le Mercure est celui de tous qui se raréfie le plus également, & c’est un des avantages des Thermometres qui en sont composés.

4o. L’Air qui est de tous les fluides celui qui se raréfie le plus, ne parvient jamais jusqu’à l’ébullition, sa raréfaction est telle, que la chaleur de l’eau bouillante augmente son volume d’un tiers, & c’est encore à M. Amontons à qui nous devons cette découverte: cette grande raréfaction est peut-être ce qui l’empêche de bouillir, de même que l’Esprit de Vin ne bout point au foyer d’un verre ardent, parce qu’il s’évapore dans le moment; ainsi après que le Feu a fondu les solides & fait bouillir les liquides, si son action est continuée il fait évaporer leurs parties.