Les effervescences nous démontrent que la plûpart des particules de la matiere, sont l’une pour l’autre comme de petits Aimans, & qu’elles ont un côté attirant & un côté repoussant. La tendance que les particules des corps ont à rester ensemble par leur cohésion, & l’effort que le Feu retenu dans leurs pores, fait sans cesse pour les séparer, sont sans doute la cause de ces Phénomenes, & c’est le combat de ces deux pouvoirs antagonistes qui cause les effervescences, & peut-être la plûpart des miracles de la Chimie.

Les fermentations qui se font dans l’air, & qui causent les Tonnerres, les Vents, &c. nous prouvent encore que les corps se repoussent & s’attirent, & que ce combat augmente dans l’approchement.

Cette nouvelle force que les particules de Feu acquerent dans l’approchement, ne peut être qu’une augmentation de mouvement, & c’est par ce mouvement augmenté, qu’ils détruisent avec tant de facilité les corps les plus solides dans le foyer du Miroir ardent.

Objections contre cette opinion, & réponses. Je ne veux point dissimuler les Phénomenes qui paroissent contraires à l’opinion que je propose: les difficultés affermissent la verité, ce sont autant de fanaux mis sur la route, pour nous empêcher de nous égarer.

Je vais examiner quelques-unes de celles que j’imagine qu’on peut faire contre cette proprieté des rayons.

1o. Toute action est d’autant plus forte, qu’elle est plus perpendiculaire; & cette action mutuelle des rayons l’un sur l’autre, ne pourroit être que latérale.

Il me semble que cette objection, qui paroît d’abord spécieuse, est aisée à détruire; car, quel est l’effet du Feu sur les corps, au foyer du verre ardent? n’est-ce pas de les fondre, de les vitrifier, de les dissiper, de les séparer enfin jusques dans leurs parties élémentaires? Or une force qui n’agiroit que dans une seule direction, ne pourroit jamais produire ces effets; il faut donc que le Feu agisse sur les particules de ces corps, selon toutes sortes de directions, pour les séparer à ce point: Donc cette action latérale, loin de diminuer la force des rayons, est précisément ce en quoi elle consiste.

2o. Les rayons de la Lune, quoique très-rapprochés dans le foyer d’un verre ardent, ne paroissent point augmenter leur force, car ils ne font aucun effet sur les corps qu’on leur expose: Donc, peut-on objecter, les rayons n’ont pas cette force que vous leur supposez dans leur approchement, puisque des rayons très-rapprochés en sont privés.

Mais si on concluoit de ce raisonnement que les rayons n’acquerent pas dans leur approchement la force que je leur suppose, il faudrait en conclure aussi qu’ils n’ont pas la vertu de brûler, parce que les rayons de la Lune sont privés de cette proprieté.

3o. On peut dire encore que deux mêches dilatent moins une lamine de métal dans le Pyrometre, font moins d’effet sur elle qu’une mêche, trois en font moins que deux, & ainsi de suite; or cependant les rayons sont plus rapprochés quand il y a deux mêches, que quand il n’y en a qu’une; l’effet du Feu devroit donc être plus grand alors, mais il est plus petit: Donc cette expérience que j’ai citée ci-dessus pour prouver mon opinion, lui paroîtroit contraire. Je répons à cette objection.