L’eau n’éteint point les Vers luisans. Les Dails & les Vers luisans sont lumineux sans donner aucune chaleur, & l’eau n’éteint point leur lumiére. M. de Réaumur rapporte même que l’eau fait revivre la lumiére des Dails, loin de l’éteindre; je l’ai vérifié sur des Vers luisans, j’en ai plongé dans de l’eau très-froide, & leur lumiére n’a point été alterée.
Il sembleroit par ces expériences que l’eau n’a d’action que sur la propriété du Feu que nous appellons chaleur, puisqu’elle détruit la chaleur, & n’altere point la lumiére, lorsque la propriété d’éclairer est séparée de celle d’échauffer.
Chaleur sans lumiére dans le fer prêt à s’enflammer. 2o. Il y a des corps qui brûleroient la main qui s’en approcheroit, & qui ne donnent aucune lumiére: tel est le fer prêt à s’enflammer: donc le Feu peut être privé de la lumiére comme de la chaleur.
Ainsi la chaleur & la lumiére paroissent être au Feu ce que le mode est à la substance; la lumiére n’étant autre chose que le Feu transmis en ligne droite jusqu’à nos yeux, & la chaleur, l’agitation en tout sens que ce même Feu excite en nous quand il s’insinuë dans nos pores.
Différente propagation de la lumiere & de la chaleur. 3o. La chaleur & la lumiére se propagent différemment; la lumiére agit toûjours en ligne droite, & la chaleur s’insinuë dans les corps selon toutes sortes de directions: de plus, la vîtesse de la lumiére est infiniment plus grande que celle de la chaleur, mais on ne peut assigner en quelle proportion, car il faudroit connoître les différens degrés de vîtesse avec laquelle le Feu pénétre dans les différents corps: ce qui est très-difficile.
Autre différence entre la lumiére & la chaleur. 4o. Une autre différence très-remarquable entre la chaleur & la lumiére, c’est qu’un corps peut perdre sa lumiére en un instant, mais il ne perd jamais sa chaleur que successivement; cette différence est une suite de la façon dont la chaleur & la lumiére agissent; car pour faire périr la lumiére, il suffit d’interrompre la direction du Feu en ligne droite; mais puisqu’il faut, pour exciter la chaleur, qu’il pénétre les corps en tout sens, cette action doit être plus difficile à arrêter; ainsi si vous couvrez le miroir ardent d’un voile, la lumiére disparoît dans le moment à son foyer, & cependant un corps solide qu’on y auroit exposé, conserveroit encore long-temps après, la chaleur qu’il y auroit acquise, c’est encore pourquoi les corps se refroidissent lentement dans le vuide de Boyle, quoiqu’ils s’y éteignent très-promptement.
Sentiment de Descartes sur la chaleur & la lumiere. 5o. Si on vouloit s’appuyer de l’autorité, on diroit que Descartes composoit la lumiére de son second élément, & le Feu de son premier; il ne donne à la vérité aucune raison de cette idée, & je ne prétends pas l’examiner ici, mais elle ne pouvoit être fondée que sur ce que ce grand homme pensoit que la lumiére & la chaleur étoient deux modes de l’être que nous appellons Feu.
6o. La lumiére & la chaleur sont les objets de deux de nos sens, le tact & la vûë, & par cette raison même elles ne paroissent point propres à constituer l’essence d’un être aussi universel que le Feu. Ce sont des sensations, des modifications de notre ame, qui semblent dépendre de notre existence, & de la façon dont nous existons; car un aveugle définira le Feu ce qui échauffe, & un homme privé du tact universel, ce qui éclaire. Ils auront donc tous deux des idées différentes d’un même être, & celui qui seroit privé de ces deux sens, n’en auroit aucune. Or je suppose qu’il ait plû à Dieu de créer dans Sirius, par exemple, un globe dont les êtres n’ayent aucun de nos sens (& il est très-possible que dans l’immensité de l’Univers il y ait de tels êtres) le Feu ne seroit certainement ni chaud, ni lumineux dans ce globe, & cependant il n’y seroit pas anéanti; il paroît donc qu’il faut chercher dans le Feu quelque effet plus universel, & dont l’existence ne dépende point de nos sens.
Combien nos sens nous trompent sur la chaleur. 7o. La nécessité d’un tel signe pour nous faire juger avec certitude de la présence du Feu, paroît avec évidence par la façon dont nos sens nous font juger de la chaleur des corps, car un même corps nous paroît d’une température différente, selon la disposition où nous nous trouvons; ainsi lorsqu’on touche un corps avec les deux mains, dont l’une sort de l’eau froide, & l’autre de l’eau chaude, ce corps paroît froid & chaud en même tems. Les altérations qui arrivent à notre santé, changent encore pour nous la chaleur des corps; un homme dans l’ardeur de la fiévre trouvera froid le même corps qui, dans le frisson, lui avoit paru chaud: donc la chaleur que les corps nous font éprouver, ne peut nous faire juger avec certitude, du Feu qu’ils contiennent.