De certains vents apportent avec eux le Sel & le Nitre, qui causent la glace. 1o. Au mois de Juin, dans le milieu de l’Eté, & par un tems très-serein, l’irruption inopinée d’un vent d’Est vient geler la pointe des herbes, les vignes, les fosses qui contiennent une eau dormante, & changer entierement la température de l’air: or si ce vent n’apportoit avec lui ces particules nitreuses qui font la congélation, il ne pourroit réfroidir à ce point les herbes & l’eau échauffées depuis long-tems par le Soleil.

Or pourquoi le vent d’Est, qui vient d’un pays très-chaud, fait-il plutôt cet effet que le vent du Nord, qui vient du Pole, si ce n’est parce qu’il apporte avec lui ces particules de Sel & de Nitre, dont le Soleil éleve une plus grande quantité dans ces contrées chaudes, que sous le Pole? Donc ce n’est pas seulement parce que le vent s’applique successivement aux corps qu’il les réfroidit.

2o. Il gele quelquefois aux deux côtés, & non au milieu, dans un endroit, & non dans un autre qui lui est contigu; ces effets ne peuvent être assurément attribués à l’absence du Feu, car ces deux endroits en contiennent également; mais on voit avec évidence qu’un vent d’Est qui souffle dans un endroit, & non pas dans un autre dont quelque Montagne lui défend l’entrée, doit répandre dans cet endroit ou il souffle, les particules nitreuses dont il est chargé, ce qui cause la congélation.

3o. Une preuve que le vent par lui-même ne réfroidit point l’air, & qu’il faut que ceux qui causent le froid, apportent avec eux des particules frigérifiques ou de la glace, c’est qu’en soufflant avec un soufflet sur un Thermometre, on ne le fait jamais baisser.

Pourquoi il gele rarement l’Eté dans nos climats. 4o. Il gele rarement l’Eté, dans les climats qui n’abondent pas dans ces parties frigérifiques, parce que les particules de Sel & de Nitre étant plus divisées, plus petites, par l’agitation que la chaleur du Soleil cause dans toute la Nature, elles se soutiennent dans l’Atmosphere lorsque le Soleil les éleve de la terre, & ne retombent point sur la terre comme en Hiver; & de plus, les parties de l’eau étant dans un grand mouvement, le peu qui retombe de ces particules sur la terre, ne peut suffire pour la geler.

L’air ne gele point, apparemment à cause de la rareté de ses parties, & de leur prodigieux ressort. Il me semble qu’on peut considérer l’air extrêmement comprimé, comme une espece d’air gelé, & apparemment qu’il n’est pas susceptible par sa nature, d’une autre sorte de congélation.

Ces particules salines & nitreuses, qui s’introduisent dans l’eau, & qui devroient la rendre plus pésante lorsqu’elle est gelée, n’empêche pas cependant que sa pésanteur spécifique ne diminüe, l’augmentation de son volume & les exhalaisons qui en sortent, empêchant qu’on ne s’apperçoive du poids de ces corpuscules, qui sont d’ailleurs très-déliés, & il se peut très-bien faire que leur poids soit insensible à la grossiereté de nos balances, de même que celui des corpuscules du Musc, de l’Ambre, & de toutes les odeurs.

Je ne crois pas, après toutes ces raisons, qu’on puisse s’empêcher de reconnoître que ces particules (dont tous les Phénomenes de la Nature, & toutes nos opérations sur la glace, nous démontrent l’existence) sont absolument nécessaires à la congélation de l’eau, & que sans elles on n’en pouvoit assigner aucune cause.

XIV.
De la Nature du Soleil.

On n’a communément qu’une idée vague de la nature du Soleil, on voit que ses rayons nous échauffent, & qu’ils brillent; & on en conclut que le Soleil doit être un globe de Feu immense, qui nous envoye sans cesse la matiere lumineuse dont il est composé.