Les Volcans & les sources d’eau chaude démontrent le feu Central. Les Volcans & les Sources d’eau chaude, qui sortent du sein de la terre, les Métaux & les Minéraux qui végétent dans ses entrailles, &c. nous démontrent ce Feu central que Dieu a vraisemblablement placé au milieu de chaque globe, comme l’ame qui doit l’animer.
La chaleur de l’Eté en est encore une preuve. M. de Mairan a fait voir que la chaleur du Soleil au Solstice d’Eté est à celle de cet Astre au Solstice d’Hiver, comme 66 à 1, toute déduction faite: or si toute la chaleur venoit du Soleil, l’Eté seroit 66 fois plus chaud que l’Hiver, & cependant il est prouvé par les expériences que M. Amontons a faites au Thermometre, que la chaleur de l’Eté de nos climats ne differe du froid qui fait geler l’eau, que comme 8 differe de 7. Il faut donc qu’il y ait dans notre terre un fonds de chaleur indépendante de celle du Soleil.
Puisque le Feu est également répandu par-tout, il faut que ce fonds de chaleur ait été mis par le Créateur dans le centre de la terre, d’où il se distribuë également à la même distance dans tous les corps qui la composent, en sorte que s’il n’y avoit point de Soleil, tous les climats de la terre seroient également chauds, ou plûtôt également froids à sa superficie; mais la chaleur augmenteroit, comme elle augmente réellement, à mesure que l’on approcheroit du centre de la terre.
Ainsi le Feu central paroît prouvé par les Phénomenes de la Nature, & il n’est nullement nécessaire, pour l’expliquer, de recourir, comme un Philosophe de nos jours, à une tendance du Feu en bas, tendance démentie par les expériences les plus communes, comme par les plus fines. Il suffit pour l’existence de ce Feu, de la volonté du Créateur, & pour sa conservation, de la loi qui fait que le Feu se retire plus lentement des corps, à mesure qu’ils sont plus denses; car le Feu, au centre de la terre, doit être retenu par un poids dont il ne peut vaincre la résistance.
Lorsque ce Feu trouve quelqu’issuë, il sort avec furie de cette fournaise souterraine, & c’est ce qui fait les Volcants, les Vents sulphureux, &c. mais il ne peut jamais s’échapper qu’une très-petite partie de ce Feu renfermé dans les entrailles de la terre.
La chaleur de ce Feu souterrain augmente à mesure que l’on approche du centre de la terre, car puisque la pesanteur de l’Atmosphere retarde l’ébullition de l’eau, c’est-à-dire, le point auquel ses pores laissent passer les particules de Feu, le Feu doit être d’autant plus puissamment retenu dans les entrailles de la terre, que le poids dont il est surchargé augmente; or ce poids augmente avec la profondeur: Donc le Feu central doit se conserver, & être d’autant plus ardent que l’on approche plus du centre de la terre.
La chaleur du Feu central diminuë vers la surface de la Terre, & celle du Feu du Soleil augmente près de cette surface. La chaleur du Soleil augmente d’autant plus qu’on approche plus de la surface de la terre, à cause de l’Atmosphere dont les vibrations continuelles excitent sa puissance; mais la chaleur du Feu central, au contraire, diminue à mesure qu’on approche de cette surface, car le poids dont il est chargé est d’autant plus fort, & l’empêche plus puissamment de s’échapper.
Le Feu nous éclaire dès qu’il peut être transmis en ligne droite jusqu’à nos yeux, mais il ne nous échauffe qu’à proportion de la résistance que les corps lui opposent, & c’est-là une des plus grandes marques de la Providence du Créateur; car si le Feu brûloit aussi aisément qu’il éclaire, nous serions exposés à tout moment à en être C’est un effet de la Providence du Créateur, que le Feu brûle plus difficilement, qu’il n’éclaire. consumés, & s’il avoit besoin de la résistance des corps pour éclairer, nous serions souvent dans les ténébres; mais dès qu’il frappe nos yeux, il nous donne une lumiere très-vive, & il ne nous échauffe jamais assez pour nous incommoder à moins que nous n’excitions sa puissance, la plus grande chaleur de l’Eté étant environ trois fois moindre que celle de l’eau bouillante.
Il y a grande apparence que la quantité du Feu dans les corps célestes, est proportionnelle à leur éloignement du Soleil. Le Feu qui est dans tous les corps, indépendamment du Soleil, & ce Feu central qu’on peut, avec bien de la vraisemblance, supposer dans tous les globes, peut faire croire que la quantité du Feu dans les Planetes, est proportionnée à leur éloignement du Soleil: ainsi Venus qui en est plus près, en aura moins, Saturne & les Cometes qui en sont très-éloignées, en auront davantage, chacune selon leur distance. Cette compensation est d’autant plus nécessaire, que la rareté de la matiere de Saturne, par exemple, ne peut seule suppléer à son éloignement, car étant dix fois plus loin du Soleil que nous, il en reçoit cent fois moins de rayons, & la matiere dont il est composé n’est qu’environ six fois & deux tiers plus rare que celle de notre terre: Donc tout y seroit dans une inaction & une condensation qui s’opposeroit à toute végétation, s’il n’avoit un fonds de chaleur capable de suppléer à son éloignement du Soleil.
La matiere des Cometes doit être très-dense, puisqu’elles vont si près du Soleil, sans se dissoudre par sa chaleur: Donc il faut que Dieu ait pourvû par la quantité du Feu central, ou bien par le Feu qu’il a répandu dans les corps qui composent ces globes à leur éloignement du Soleil, & peut-être aussi a-t-il compensé cette distance, en augmentant la raison dans laquelle le Feu y agit, de même qu’il a pourvû à l’illumination de Saturne & de Jupiter, par la quantité de leurs Lunes: ainsi il est inutile de supposer une hétérogénéité de matiere dans les globes placés à différentes distances du Soleil, mais seulement une quantité de Feu plus ou moins grande, ou une augmentation dans la raison selon laquelle les raions agissent sur les corps.