»Mon cœur palpitait avec force; c'était l'heure, le moment de l'épreuve, qui devait confirmer mes espérances, ou réaliser mes craintes. Les domestiques étaient allés à une fête voisine. Tout était silencieux au dedans et autour de la chaumière: l'occasion était excellente; cependant, au moment où j'allais mettre mon plan à exécution, je sentis mes forces défaillir, et je tombai à terre. Je me relevai; je m'armai de toute la fermeté dont j'étais capable, et j'écartai les planches que j'avais placées devant ma cabane, pour cacher ma retraite. L'air frais me ranima, je m'affermis de nouveau dans ma détermination, et je m'approchai de la porte de ma chaumière.
»Je frappai. « Qui est là, dit le vieillard? Entrez».
—«Excusez-moi, lui dis-je, je suis un voyageur qui a besoin d'un peu de repos, et que vous obligeriez beaucoup, si vous vouliez permettre qu'il restât quelques minutes devant le feu».
—«Entrez, dit de Lacey, et je chercherai à vous soulager; mais, malheureusement, mes enfants sont sortis; car je suis aveugle, et je crains qu'il ne me soit difficile de vous offrir quelque nourriture».
—«N'en soyez pas en peine, mon généreux hôte, je n'en ai pas besoin; je ne réclame qu'un peu de chaleur et de repos».
»Je m'assis, et il y eut un moment de silence. Je savais que chaque minute m'était précieuse; cependant j'étais indécis sur la manière dont je commencerais l'entretien; mais le vieillard me tira d'embarras en disant: «Étranger, je suppose, à votre langage, que vous êtes mon compatriote; êtes-vous Français»?
—«Non; mais j'ai été élevé par une famille Française, et je ne comprends que la langue de ce pays. Je vais, en ce moment, réclamer la protection de quelques amis que j'aime sincèrement, et dont j'espère obtenir l'amitié».
—«Sont-ils Allemands»?
—«Non, ils sont Français. Mais changeons de conversation. Je suis une créature malheureuse et abandonnée; je regarde autour de moi, et je n'ai ni parent, ni ami sur la terre. Ces aimables gens, que je vais trouver, ne m'ont jamais vu, et ne me connaissent que sous bien peu de rapports. Je suis rempli de crainte; car, si je ne réussis pas auprès d'eux, je dois m'attendre à être un rebut pour le reste des hommes».
—«Ne désespérez pas. Vivre sans amis, c'est assurément vivre malheureux; mais le cœur de l'homme qui est dégagé de tout intérêt particulier, ne renferme qu'amour fraternel et charité. Ayez donc confiance; et, si ces amis sont bons et aimables, ne perdez pas courage».