Cependant elle pouvait se méprendre. Aussi se défendit-elle d’intervenir. Une interrogation maladroite risquait de donner vie aux choses confuses, enfouies dans le nébuleux de l’inconscient. Madeleine n’osa tenter l’épreuve. Mais, plus que jamais, elle s’alarma et se lamenta en voyant arriver le terme de la réunion annuelle.
La dernière semaine s’entamait. En arrachant le feuillet de l’éphéméride, la mère ne put retenir sa plainte.
— Ah ! mon Dieu ! plus que six jours ! Et il faudra endurer encore la cruelle cassure !
Raymonde l’enlaça de ses deux bras ; de grosses larmes constellèrent, ainsi que des gouttes de rosée, les larges prunelles brillantes.
— Oh ! maman chérie, j’espère, cette fois ! Le docteur Davier travaille à notre rapprochement, tu le sais bien ! S’il réussit à fonder cette œuvre d’assistance à laquelle s’associe déjà Mme Forestier, la direction de la maison de Marly te sera dévolue. Alors je te retrouverais chaque soir ! Par le train, ou à bicyclette par les beaux jours, ce sera facile ! Quel bonheur d’être ensemble, enfin !
— Tu sais bien que je n’ose jamais admettre d’espérances ! Trop de fois, j’ai été désabusée ! fit tristement Madeleine. Supportons ! Subissons ! Voilà ce que je me répète seulement, en demandant à Dieu les forces nécessaires !
Encore une feuille d’enlevée au calendrier. Et, vers l’heure du lunch, miss Marwell, pénétrant dans le salon, vit quelqu’un s’incliner devant elle.
— Ah ! vous nous revenez ! s’écria-t-elle avec entrain. C’est gentil !
Valentin Clozel commença une explication un peu diffuse.
— Oui, j’étais chargé d’affaires pour la maison. Je devais me faire connaître à des collaborateurs, des correspondants. La rencontre des familles amies, à Lausanne, m’a fait négliger ces questions, quelques jours… Alors il me faut revenir sur mes pas !