— Parfaitement ! opina miss Marwell avec gravité. Business ! Business !
Clozel, cependant, saluait Raymonde Airvault qui, demeurée debout près de la table, feuilletait, d’un doigt fébrile, un album de publicité. Madeleine entrait dans le drawing-room, à cet instant. Elle saisit la fugace rougeur des deux jeunes visages qui, tout aussitôt, se creusaient et pâlissaient.
La mère, profondément remuée, rendit en silence le salut respectueux du jeune homme. Miss Marwell appela le nouveau venu par la baie.
— Regardez ! La montagne s’est habillée en ses atours d’hiver pour votre retour ! Il a neigé, la nuit dernière. Gris et blanc, ce matin ! Un effet polaire ! Enchanteur, is it not ?
— Oui, j’aime tous les aspects de la montagne et du lac ! Nous venions, chaque année, sur les bords du Léman, avant la guerre. C’est, à mon sens, le plus romantique, le plus vivant de tous les lacs suisses. Tant de souvenirs le peuplent : Rousseau, Byron, Senancour !
— Oh ! vous êtes littéraire !
— Oui, comme un livret-guide ! fit le jeune homme, riant. Mais il me faut être littéraire et scientifique pour soutenir dignement l’œuvre paternelle !
— C’est vrai ! Vous êtes publisher ?
— De naissance ! Les Clozel exercent le métier d’éditeurs depuis plus d’un siècle et demi. Mais aujourd’hui la profession comporte des exigences plus lourdes, en raison des acquisitions incessantes de toutes les sciences — physiques ou métaphysiques.
Ces explications étaient, en réalité, dédiées à Mme Airvault, vers laquelle le jeune homme se détournait. Raymonde continuait d’ouvrir et de refermer des annuaires de commerce, des indicateurs de chemins de fer, et s’attentionnait à étudier des modèles de tracteurs agricoles ou des gravures de modes.