… Pendant quarante-huit heures, Valentin Clozel resta commensal de l’Hôtel de la Grande-Bretagne, disparaissant entre les repas, mais consacrant fidèlement ses soirées à converser avec miss Marwell.
— Mon flirt ! disait triomphalement Titania, faisant sonner son aimable rire en grelot d’argent.
Mais, ainsi parlant, elle envoyait une malicieuse chiquenaude dans la direction de Rosalinde…
La pluie tomba, tout le matin du troisième jour, escamotant le paysage. Plus d’autre horizon que les masses humides. Une éclaircie se produisant enfin, vers le milieu de l’après-midi, Raymonde fut déléguée à plusieurs courses en ville : chemist, perfumer, etc. Les diverses missions accomplies, la jeune fille se trouvait à proximité de la terrasse Saint-Martin. Elle céda à la tentation d’y monter. Elle aimait ce belvédère dominant un vaste cercle, et d’où le rêve s’élançait, comme d’un tremplin idéal.
Aujourd’hui, lumière et lignes se brouillaient dans une grisaille presque uniforme. D’innombrables coulées bleuâtres indiquaient seulement les reliefs. Les glaciers des cimes lointaines, çà et là, révélaient faiblement leurs névés entre les vapeurs flottantes. Cette monotonie de l’espace parut désolante comme le désert du néant à l’âme passionnée. Raymonde crut apercevoir, dans le morne infini, l’image de son avenir, et son cœur sombra d’angoisse. Elle s’assit près de l’église, et son regard chercha dans le vide une clarté d’espoir.
Une forme humaine se dressa soudain, projetant de la vie dans cette perspective morte. Mlle Airvault jeta un léger cri.
— Ne vous effrayez pas ! dit Valentin Clozel, et ne vous indignez pas non plus, si je vous avoue que je vous guette, depuis mon arrivée ici, avec une patience d’apache. Mais vous êtes toujours accompagnée. Et j’imagine que vous vous méfiez de moi, que vous me fuyez.
Elle murmura d’une voix indistincte :
— Pourquoi désirez-vous tant causer avec moi ?
— Parce que j’ai beaucoup de choses à vous dire ! répliqua-t-il résolument. J’attends le moment propice depuis des mois. Cette occasion désirée, j’ai cru la saisir, un jour, chez Mme Forestier. Mais je fus dérangé… Et puis la guerre n’était pas finie. Je me fis scrupule de vous troubler. Et je déchirai la lettre où je vous déclarais que vous voir, vous entendre, c’était une jouissance jamais éprouvée et dont je ne me lasserais jamais ! Voilà !