Elle se détourna davantage. Mais elle ne parvenait pas à réprimer le tremblement qui l’agitait toute. Ses lèvres pâlies articulèrent :
— Ce n’est pas bien de parler ainsi… à la meilleure amie de la chère Évelyne.
— Évelyne ! répéta Valentin avec l’accent du plus profond étonnement. Pourquoi me nommer Évelyne Davier ? Elle n’a rien à faire avec la question dont je vous entretiens.
— Si, si !… Tout le monde suppose… Et ses parents, les vôtres croient peut-être… C’est si naturel !… Je ne veux pas être une cause de chagrin pour elle… ni pour son père.
Le jeune homme s’irrita.
— Mais Évelyne n’est pour moi qu’une gentille camarade… Je me moque de ce que le monde suppose… et même de ce que les familles combinent, du moment que mon bonheur personnel est en jeu. Ce que je sais pertinemment, c’est que vous m’avez conquis sans le chercher. Pourquoi n’ai-je plus vu que vous, subitement, dans le salon Forestier, un jour que vous organisiez une charade pour les petits ? Vos yeux, vos gestes, votre voix si gaie et si chaude… tout cela me poursuivit dès lors. Je compris la passion foudroyante de Roméo. Point n’est besoin de comparaisons romantiques ! Je vous aime de toutes mes forces. Ces deux jours, passés dans votre ombre, ont encore accru mon sentiment. Tout ce que je sais de vous me charme ! Croyez-vous pouvoir m’aimer un peu, comme moi, je vous aime tant ?…
Frissonnante, Raymonde essaya de couvrir de ses mains le flamboiement qui la brûlait du front au cou. Valentin saisit victorieusement les poignets blancs et dégagea le visage dont les paupières palpitantes dérobèrent le regard.
— Ma chère aimée !… Je crains de m’illusionner. Cependant, j’espère… Répondez ! M’aimez-vous ?
— Je vous en supplie, fit-elle très bas. Ne me tourmentez pas ainsi ! Ce que vous voulez est… généreux, mais irréalisable… Je suis une modeste institutrice… Vos parents doivent désirer pour vous une alliance… plus appropriée à leur situation.
— Cela n’entre pas en compte, je le répète ! Mes parents sont de braves gens… Ils se sont mariés eux-mêmes par inclination… Puis, hélas ! je demeure leur enfant unique. Mon frère aîné a été tué au début de la guerre ; ma jeune sœur est morte de la grippe l’hiver dernier. Quand j’amènerai une fille aimante et bonne dans leur maison en deuil, ils lui ouvriront les bras !