Le jeune homme eut besoin de toute son énergie pour dominer ce tumulte intérieur. Mais son amour sortait plus ferme et plus grand du combat.

— Raymonde, fit-il avec gravité, les paroles que nous venons d’échanger valent des promesses. Vous avez raison. Je veux que vous soyez désirée, appelée. J’agirai en conséquence, avec la circonspection que vous me recommandez ! C’est déjà être heureux que de croire le bonheur possible ! Ah ! ma petite bien-aimée !… Je vais partir dès ce soir ! mais je prendrai congé sans que vous soyez là. Car je ne saurais pas dissimuler mon ivresse ! Au revoir !… Je vous emporte dans mon cœur !

Elle n’eut pas besoin de répondre. Son regard exprimait tout ce que la voix n’eût su traduire.

… Une heure plus tard, Valentin Clozel annonçait son brusque départ à miss Marwell et à Mme Airvault. Raymonde, malencontreusement remontée dans sa chambre, après le thé, pour liquider sa correspondance attardée, ne se trouvait pas présente. Le jeune homme, très correct, regretta de ne pouvoir offrir ses hommages à Mlle Airvault et pria les deux dames de lui servir d’interprète.

— Vous la retrouverez à Saint-Germain ! fit malicieusement miss Daisy… Tandis que, nous autres, nous serons privées pour longtemps du plaisir de vous revoir !

— Peut-être ! Je voyagerai, le semestre prochain, pour secouer les dernières traces de poudre et de boue des tranchées et poursuivre mon initiation professionnelle !

— Alors, si le destin vous amène du côté de Menton, n’oubliez pas que nous comptons passer l’hiver et le printemps sur la montagne, en face la mer !

— A merveille ! Je rêve de gagner Gênes et Milan par la magnifique route de la Riviera !

— Voyez comme tout s’arrange ! s’extasia la taquine fée Titania. Vous nous apporterez des nouvelles de notre Raymonde, won’t you ?

III