Minuit sonnait quand le médecin rentra chez lui. Parmi les diverses communications qui l’attendaient, se trouvait le billet de Raymonde, apporté à la dernière distribution.

Louis Davier, cette nuit-là, ne connut pas le sommeil. Dès sept heures, il commandait l’auto pour se rendre avenue de Saint-Cloud.

Mais sa visite, si matinale qu’elle fût, avait été devancée : Philomène Pradin était entrée dans le grand repos.

IX

La funèbre vision de la couche mortuaire s’ajouta au cortège d’idées noires qui pressaient Davier.

Au devant de ces multiples tristesses, planait une crainte, menace harcelante, qui reléguait dans la pénombre toutes les autres appréhensions, si poignantes qu’elles fussent.

Depuis les confidences de M. Clozel, confirmant les suppositions de Fulvie sur l’amour qui portait Valentin vers Raymonde, Davier ne cessait de creuser cette énigme : sa femme aurait-elle deviné aussi juste en ce qui concernait Évelyne ? L’enfant, au cœur si tendre, avait-elle conçu une espérance condamnée à se flétrir ?

Ah ! s’il n’en était rien ? Si ces conjectures tombaient à faux ? De quel soulagement serait pour le père cette certitude qui lui donnerait plus de liberté d’action !

Aussitôt revenu à sa maison, le docteur monta à la chambre de la petite malade. Évelyne, couchée, paraissait idéalement enfantine avec le serpent doré de sa longue natte, ondulant sur la chemise finement brodée d’où se dégageait le col mince et laiteux.

La jeune fille, souriante, présenta son front poli au baiser paternel.