— Mon méchant docteur va-t-il enfin me permettre de me lever aujourd’hui ? fit-elle, espiègle. J’en ai assez d’être clouée au lit ! Et je ne veux pas d’infirmière ! Je ne me sens plus du tout malade !

— Non ! mademoiselle, charitablement, a passé son rhume à son petit frère ! Le voilà en observation !

— Oh ! que je regrette ! Pauvre chéri ! Mais tu le guériras vite, papa !

— On y tâchera ! En attendant, vous resterez recluse, pour ne pas semer çà et là vos microbes ! Ne te crois pas encore hors de cause, fanfaronne ! Au lit ! Au lit !… Et la tête au repos !… Que vois-je ? Encore un bouquin !… Et d’importance ! Un in-octavo pour le moins !

Et le docteur attirait une brochure, glissée sous l’édredon. Évelyne agrippa vivement le volume.

— Oh ! papa ! Il te paraît lourd ! Et c’est une lecture si savoureuse, si réchauffante qu’elle vous enlève, vous ravit ! L’histoire de la chère petite sœur Thérèse ! Elle me transporte au troisième ciel !

— Reste sur la terre, mignonne, car je ne saurais te suivre si haut ! repartit Davier, s’asseyant sur le fauteuil, placé au pied de l’élégante couchette laquée.

Et jetant un coup d’œil circulaire autour de la chambrette, décorée d’aquarelles et de gracieuses futilités :

— Tiens ! j’avise là, près de la fenêtre, une encoignure tout indiquée pour un petit bureau de marqueterie que j’ai déniché quelque part, et qui, surmonté d’un vieux miroir, fera ici le plus bel effet du monde !

— Papa ! tu me gâtes trop ! Sans cesse, tu inventes de nouvelles gentillesses !