— Tu vas prendre froid ! murmura-t-il d’une voix entrecoupée. Fais attention !
Et se dérobant aux supplications muettes du regard éploré et des mains jointes, le père sortit précipitamment de la chambrette pour descendre d’un trait à son cabinet.
Là, il s’écroula dans son fauteuil, les coudes sur la table, la poitrine soulevée de tumultueux sanglots.
— Évelyne ! Mon ange ! Se peut-il !…
La logique des choses lui apparaissait frappante, évidente, implacable !
L’enfant sans mère, étendant les bras pour y enfermer les orphelins et souhaitant une maternité innombrable ! La jeune fille, effleurée peut-être d’un chaste espoir que le destin démentait, cherchant un idéal plus haut, l’Amour Éternel ! Quel rigoureux enchaînement de causes, de faits et de conséquences !
Cher lis, trop suave et trop délicat pour de vulgaires contacts ! Sans doute, Évelyne serait-elle prémunie des heurts grossiers et des déceptions communes, dans l’existence, fleurie de joies mystiques, qu’enviait son âme innocente ! Mais pour le père, quel holocauste sanglant que le renoncement imposé !
Dans la consécration d’amour, que la vierge prononcerait avec allégresse, l’homme voyait le sacrifice de l’agneau immaculé, victime propitiatoire. Et il se courbait en tremblant, sentant, réel et tangible, l’enserrement de la Main Toute-Puissante. Tôt ou tard, l’heure arrive, l’heure de l’Immanente Justice que nul ne peut méconnaître, et qui se manifeste aux yeux mêmes de l’incrédule.
Au fond de sa conscience, le voile, trop longtemps maintenu, se déchirait en lambeaux, laissant visible la Vérité, le fantôme de la Faute initiale.
Jadis, il l’avait aperçue d’un éclair, cette Vérité haïssable, rigoureuse ! Il refusa de l’examiner de près, car il se serait vu contraint de la manifester au dehors. Tout dérivait de là !