— Comment donc ! Deux robes neuves en ton honneur ! A propos d’honneur, j’espère que tu seras fidèle à l’arrangement conclu aux environs de nos quatorze ans, et que je serai ta première bridesmaid… Tu demanderas peut-être miss Marwell pour brillante seconde…

Toutes les deux rient avec la même folie contagieuse qu’au temps de l’adolescence. Plus sérieusement, Évelyne prononce :

— Je ne viens pas ici seulement pour mon plaisir, mais chargée d’une mission gouvernementale. Votre tuteur, mademoiselle, se déclare lésé par les volontés de Mme Forestier. Nous tenons absolument à vous fêter chez nous. Tu ne peux me refuser cette satisfaction. C’est maman qui m’envoie comme émissaire. Remarque bien que je dis « maman ». Elle en est tout à fait une pour moi depuis la maladie de Loys.

— Oh ! Évelyne ! s’exclame Raymonde chaleureusement, je m’en réjouis pour toi, pour vous tous. Rien ne pouvait me rendre plus contente !

S’enhardissant, elle ajoute d’un ton significatif :

— A présent, il ne me reste plus qu’à t’adresser mes souhaits pour un bonheur encore plus complet !

Les yeux bleus limpides soutiennent le regard malicieux, sans qu’un battement des cils trouble leur clarté.

— Merci, Raymonde ! réplique tranquillement Évelyne. Tes vœux seront exaucés.

La fiancée de Valentin saute sur ses pieds, dans un transport d’enthousiasme.

— Oh ! me voici comblée ! Vite, des confidences ! C’est ton tour ! Quand le verra-t-on briller, ce jour de gloire ?