— Stany désire votre amitié. Il est parti sans que je puisse le retenir, désolé ! Et je comprends si bien ce dépit humiliant, douloureux ! Rien n’est plus pénible que de sentir se dérober ceux dont on souhaite l’affection, de se heurter à l’antipathie — inconsciente parfois — de quelqu’un qu’on désire gagner, de rencontrer enfin la méfiance quand on cherche à obtenir la confiance ! Ce découragement, je le connais !

— Comment ? fit Davier, la gorge étranglée.

La réponse redoutée ne se fit pas attendre :

— Est-il besoin de nommer ? Vous savez de qui je veux parler… Ne secouez pas la tête ! Rien n’est plus vrai ! Cela saute aux yeux de tous ! Évelyne me fuit, m’échappe, et prend le contre-pied de tous mes conseils !

— Oh ! protesta le père, dans un souffle. Craignez de faire erreur, chère amie ! La petite vous aime ! Peut-être n’est-elle pas encore familiarisée suffisamment ! C’est une sauvageonne ! Son enfance est restée solitaire. Mes occupations professionnelles m’accaparaient. Je n’eus pas le courage de me séparer de ma fille. Ce petit oiseau égayait la maison vide.

Fulvie, à ces dernières phrases, eut un signe d’assentiment.

— Nous sommes pleinement d’accord sur ce point. Absent du logis, vous laissiez votre enfant aux inférieurs. Voici l’origine des difficultés auxquelles je me bute. Une très mauvaise influence s’est emparée d’Évelyne. Pour enjôler l’enfant, et par elle, vous gouverner, on a flatté ses petits défauts, fermé les yeux sur ses travers. Évelyne, en un mot, a été très mal élevée.

Mme Davier exposait ces observations avec une pondération, une mesure qui les rendaient convaincantes. Le docteur, ébranlé, s’évertuait in petto à découvrir les travers de la fillette. Mais il s’avouait que sa tendresse paternelle le rendait susceptible d’aveuglement. Il ne sut que répéter cet argument sentimental :

— Évelyne est bonne et affectueuse. Elle finira par se rendre à l’évidence. Elle vous respecte et ne demande, j’en suis sûr, qu’à vous donner son petit cœur !

— Je ne demande, moi, qu’à le croire ! soupira Fulvie, détournant les yeux avec une certaine émotion. Oui, heureusement pour elle et pour nous, Évelyne possède une bonne et saine nature. Et je ne vous ai pas épousé, moi, avec l’intention de devenir une marâtre !