Il fut impossible de retrouver la précieuse boîte, montrée dans la soirée aux habitués du mercredi.

Eugène communiqua à la police les noms des invités qui étaient présents, lorsqu’il avait apporté le café. Les uns et les autres furent interrogés discrètement. Tous se souvenaient d’avoir vu les camées ; tous s’accordèrent à déclarer que Raymond Airvault était demeuré le dernier en tête-à-tête avec M. de Terroy.

Il fut facile de savoir qu’une facture présentée au domicile de l’architecte, l’avant-veille, était demeurée impayée, et que le 13 juin, à neuf heures environ, Airvault se présentait au magasin de Montmartre pour acquitter la note et les frais.

Dès cette première et rapide enquête, les soupçons devaient donc se porter sur le malheureux. Le mandat d’amener envoyé chez lui, tandis qu’il pérégrinait à travers la Bretagne, ne put le toucher. Les absents ont généralement tort. La police « informa » dans le quartier. On fit sortir tout le venin des jalousies inconscientes et stupides, le fiel du mercanti dédaigné pour le voisin, les ragots des commères harpies, prêtes à déchirer jeunesse, beauté, amour, et à mal interpréter ce qui dépasse leurs cervelles obtuses, — bref, les diffamations, les calomnies que la justice officielle accepte comme « informations » et qui constituent l’opinion publique, tombèrent avec ensemble sur le ménage Airvault.

Mme Airvault, malade, vit avec stupeur la police entrer chez elle, et l’interroger sur les faits et gestes de son mari — qu’elle ignorait en partie. Une perquisition des meubles amena la découverte du camée.

Plus de doute ! L’architecte avait profité de la mort subite de son protecteur pour faire main basse sur le coffret, et soustraire peut-être de l’argent. Le juge, débonnaire, mais pessimiste, avait acquis trop d’expérience pour admettre que rien fût impossible.

A son retour, Raymond eut la pénible surprise de se trouver sous le coup d’un mandat d’arrêt. Abasourdi, effaré par ces complications imprévues, surmené de travail et d’inquiétudes de toutes sortes, Airvault, à sa première comparution devant le juge d’instruction, ne sut se défendre qu’en criant son indignation et sa douleur.

Quoi ! on pouvait l’accuser d’une action aussi basse ! Quoi ! en voyant tomber inanimé le protecteur qu’il vénérait, au lieu d’appeler au secours, il n’eût pensé qu’à s’emparer d’une boîte de bijoux ? Pour qui le prenait-on ? C’était idiot autant qu’infâme !

Ces dénégations désordonnées n’eurent point de prise sur le magistrat blasé. Un coffret précieux avait disparu lors du décès de M. de Terroy. Il avait bien fallu que quelqu’un l’emportât. Le domestique était hors de cause… D’ailleurs l’architecte Airvault se trouvait en possession d’un fragment du collier volé.

Alors Raymond, essayant de se ressaisir, secondé par Me Bénary, chercha frénétiquement le moyen d’établir son innocence par une complète franchise. Il avoua la dette de jeu, ignorée jusque-là du juge, indiqua la caverne où il s’était laissé dépouiller, raconta ensuite dans les plus petits détails son dernier entretien avec M. de Terroy, donna le chiffre des avances faites par celui-ci, et dit pour quelle cause le camée lui avait été confié.