Déjà Raymonde avait été reçue à une petite fête d’arbre de Noël. Mais cette fois, seule à la pension et mieux connue, elle vint presque journellement près de l’aimable vieille. Elle y rencontrait nombreuse et amusante compagnie.

Dès que les enfants entraient chez Mme Forestier, ils se sentaient chez eux, dans une république vraiment régie par la devise : Liberté, égalité, fraternité.

Croquet, trapèze, tennis, tonneau, etc. pour les récréations extérieures. Au dedans, un vaste salon, un piano, des livres illustrés, des jeux de toutes sortes, un Guignol, des placards remplis de hardes et de chiffons pour les déguisements de charades. Ah ! les bonnes heures de rires, de danses, de facétieuses inventions, de folâtre allégresse dont les éclats secouaient la vieille demeure, de la base aux greniers où grimpaient souvent les audacieux envahisseurs !

Et, sereine au milieu du vacarme, Mme Forestier, à ceux qui appréhendaient pour elle la fatigue, répondait avec douceur, en regardant les portraits souriants de ses disparus :

— Fatiguée ? oh ! du tout ! Je remercie les chers enfants de ramener de la vie dans ma vieille maison. Il me semble ainsi entendre les miens.

M. le docteur Forestier, de l’Académie de Médecine, avait été le professeur du docteur Louis Davier, qui entretenait avec la vénérable veuve des relations déférentes. La présence d’Évelyne à la pension Duluc resserra ces rapports.

Maintenant le médecin était en possession d’une auto, qui lui permettait de se déplacer plus aisément. A diverses reprises, il amena Évelyne aux réunions enfantines, durant les congés, et il enleva Raymonde, pour des excursions charmantes à travers la forêt où verdoyait le printemps.

Les deux promeneuses jasaient comme des pinsons. Quel plaisir de rouler par les avenues, et de courir à pied, dans d’étroits sentiers, pour cueillir des brassées d’épines blanches ou de primevères ! Et les intéressantes et vivantes leçons d’histoire devant l’espace nu où s’érigeaient jadis les pavillons royaux de Marly, — évanouis comme des palais de nuages — ou bien près de la vasque en ruine où fut baptisé Louis IX, dans la très révérée église de Poissy !

— On devrait amener ici tous les Louis de France, déclarait gravement Évelyne, afin qu’ils deviennent bons et justes comme Saint Louis.

Parfois, du faîte d’un coteau, entre les hêtres et les chênes, apparaissait la fumeuse perspective de la ville énorme, se confondant avec les brumes du ciel.