Un signe affirmatif. La fillette réprima ce cri : — Papa ! ce doit être papa ! Elle n’osa interroger de peur d’une déconvenue, et précipita sa course vers le bureau de Mme la Directrice.
Un monsieur, en effet, était assis vis-à-vis de Mlle Duluc. Non pas celui qu’elle supposait ; quand même une figure familière et aimée : le docteur Davier.
Mais pourquoi ce silence quand elle approcha ? Pourquoi ces yeux de pitié ? Pourquoi les lèvres de Mlle Duluc tremblaient-elles ? Avec une prompte intuition, la fillette sentit une tristesse flottant en l’air, et qui l’imprégnait avant qu’une parole eût été prononcée. Sa pensée vola du côté où elle savait un péril.
— Maman ? balbutia-t-elle d’une voix éteinte, à peine perceptible.
— Ta maman va bien et sera ici dans deux jours au plus ! répondit le docteur.
— Alors ? fit-elle, très bas, voyant qu’il hésitait. Et elle devinait que cette suspension serait suivie d’un choc effroyable.
Le médecin se détourna. L’institutrice prit les poignets de l’adolescente, l’attira, et la regardant au fond des yeux :
— Raymonde, oui, votre maman se met en route pour venir ici ! Il faut que sa petite fille la soutienne, vous m’entendez bien ! dans une épreuve qui est cruelle pour vous deux ! Rappelez-vous que Dieu afflige souvent ceux qu’il aime !
L’enfant, effarée, fixait sur sa maîtresse des prunelles immenses, vides de pensées. Mlle Duluc joignit les petites mains entre les siennes, et dit gravement :
— Prions Dieu, Raymonde ! Prions pour qu’une âme qui vous est bien chère trouve la félicité et le repos éternels. Dites après moi : Notre Père qui êtes dans les cieux, bénissez le père que vous m’aviez donné et que vous rappelez près de vous !