— Papa ! Oh !

Un cri rauque de bête blessée. Le corps mince plia en arc, la tête pendant en arrière.

Le docteur enleva l’enfant dans ses bras, l’étendit sur le divan. Mlle Duluc courut chercher du vinaigre, des sels, de l’eau de Cologne. Mais la syncope évitée, des sanglots déchirants se firent jour, si violents, si pressés, qu’ils semblaient devoir briser la poitrine haletante.

III

Le surlendemain, Raymonde de nouveau était appelée au salon de Mlle Duluc. Une femme, dont le chapeau et les vêtements portaient la poussière d’un long voyage, se leva à son apparition. D’un élan, la fillette tomba sur la poitrine de sa mère.

— Oh ! dis, dis, maman ! ce n’est pas possible !

— Tous les malheurs sont possibles pour nous ! murmura Madeleine.

Mais ces mots amers s’étouffèrent dans l’embrassement frénétique qui maintenait sa fille contre son sein.

Enfin, elle atteignait donc cette consolation suprême, vers laquelle convergeaient uniquement ses désirs, durant l’interminable trajet : envelopper de ses bras la petite créature née de ses entrailles. Dans le désastre où tout sombrait, l’infortunée ne gardait plus de vivant en elle que l’instinct maternel.

Mais si grand, si chaud était cet amour, où s’épandait son être, pour ainsi dire, que Mlle Duluc, présente à la scène, vibrait de tous ses nerfs devant l’enlacement pathétique de ces deux douleurs : la mère et l’enfant.