— Maman, oh ! ma maman chérie ! Je ferai tout, tout, près de toi pour remplacer papa en ce que je pourrai ! balbutiait Raymonde (et son cœur sincère s’exhalait dans ces effusions). Mais après tout, est-ce bien vrai, cette chose affreuse ? Ça s’est passé si loin ! Ce n’est peut-être pas sûr ! Dis, si ce n’était pas vrai, pourtant !

Madeleine, d’un hochement de tête, repoussa la velléité d’espoir. En quelques phrases sans lien, elle relata péniblement les simples et tragiques péripéties.

Une dépêche de M. Vielh — l’architecte de Paris dont Raymond faisait exécuter les plans à Talca — parvenait, quarante-huit heures auparavant à Lézins : « Reçois nouvelle décès d’Airvault. Regrets sympathiques. »

Quand ce pli lui fut remis, Madeleine demeura assommée, stupide, se refusant à croire que si peu de mots continssent des vérités aussi atroces !

Puis elle avait bâclé ses bagages, comme dans la bousculade d’un incendie, songeant seulement à télégraphier au docteur Davier : « Mari décédé. Prévenir Raymonde. » Et elle n’était sortie de son hébétude réellement que dans le train qui l’emportait, à toute vitesse, vers la France.

M. Vielh, à Paris, l’avait reçue avec des égards pleins de commisération, sans lui fournir aucun éclaircissement, instruit lui-même par une dépêche concise, signée d’un contremaître et ainsi notifiée : « Airvault disparu, voyage. Catastrophe. Mort probable. »

Une lettre explicative allait suivre, vraisemblablement. Au surplus, par suite de cet événement déplorable, M. Vielh avancerait de quelques semaines son départ pour le Chili, primitivement fixé en août.

Ah ! cette date d’août ! Le départ en commun arrangé par Raymond, et dont toutes deux avaient anticipé la joie ! Si souvent, l’enfant s’était imaginé les délices de la traversée, sa mère près d’elle, et l’approche, jour par jour, de ce débarcadère où sourirait, hélas ! celui qui n’était plus ! Le même regret amena, pour les pauvres femmes, une recrudescence de larmes.

Surmontant sa faiblesse, Madeleine achevait rapidement le récit de son entrevue avec le patron de son mari : rendu à Talca, M. Vielh promettait de tout mettre en œuvre pour connaître les circonstances dans lesquelles son malheureux employé avait trouvé la mort, et obtenir la constatation légale du décès, sans laquelle rien ne pouvait se régler.

Mme Airvault s’arrêta. Une sueur de fatigue et d’angoisse perlait à ses tempes, et de grands cernes se creusaient autour de ses doux yeux embués. Mlle Duluc devina les anxiétés que la malheureuse, le cerveau encore vacillant, hésitait à concevoir et qui ajouterait une harcelante torture au grand brisement moral. Les multiples embarras d’ordre pratique, qui suivent la disparition d’un chef de famille, allaient s’accroître, dans la conjoncture présente, de toutes les complications, causées par la distance, le mystère, le milieu étranger.