[19] V. Rapin, Œuvres latines & françoises, 1610, pp. 47 à 53, Philippi Portæi exequiæ. Ad Jacobum Gilotum, majorum gentium senatorem.
[20] Conseiller au Parlement de Paris que Desportes choisit pour exécuteur testamentaire après lui avoir laissé « un saphix bleu en tesmoignaige d’amitié. »
[21] Mémoires pour la vie de Malherbe, éd. Jannet, II, 262.
« Sa conversation estoit brusque : il parloit peu, mais ne disoit mot qui ne portast. Quelquefois mesme il estoit rustre & incivil, tesmoin ce qu’il fit à Desportes. Regnier l’avoit mené disner chez son oncle ; ils trouvèrent qu’on avoit desjà servy. Desportes le receut avec toute la civilité imaginable, & luy dit qu’il luy vouloit donner un exemplaire de ses Pseaumes, qu’il venoit de faire imprimer. En disant cela, il se met en devoir de monter à son cabinet pour l’aller querir. Malherbe luy dit rustiquement qu’il les avoit déjà veus, que cela ne méritoit pas qu’il prist la peine de remonter, & que son potage valloit mieux que ses Pseaumes. Il ne laissa pas de disner, mais sans dire mot, & après disner ils se separerent & ne se sont pas veus depuis. Cela le brouilla avec tous les amys de Desportes, & Regnier, qui estoit son amy & qu’il estimoit pour le genre satyrique à l’esgal des anciens, fit une satyre contre luy qui commence ainsi :
« Rapin, le favory, &c.[22] »
[22] Tall., Hist. de Malherbe, I, 275.
Malherbe avait du reste ouvert les hostilités contre Regnier lui-même. Dans sa haine, on pourrait dire sa jalousie, de toute métaphore, il essaya quelque temps auparavant de déprécier le neveu de Desportes dans l’esprit du roi. Il est douteux qu’il ait réussi. Une louange mal tournée est toujours une louange. Aux yeux de ceux à qui elle s’adresse, elle échappe à toute critique par ce qu’elle a de flatteur. Voici l’anecdote de Tallemant :
« Malherbe avoit aversion pour les figures poétiques, si ce n’estoit dans un poëme épique ; & en lisant à Henri IVe une élegie de Regnier, où il feint que la France s’éleva en l’air pour parler à Jupiter & se plaindre du miserable estat où elle estoit pendant la Ligue, il demandoit à Regnier en quel temps cela estoit arrivé ? Qu’il avoit demeuré tousjours en France depuis cinquante ans, & qu’il ne s’estoit point aperceu qu’elle se fust enlevée hors de sa place[23]. »
[23] Tall., Hist. de Malherbe, I., 294.
La querelle de Malherbe & de Desportes ne poussa pas seulement Regnier à écrire sa neuvième satire. Maynard, le disciple de Malherbe, s’étant permis quelque quolibet sur Desportes ou sur Regnier, qui tous deux ne prêtaient que trop aux mauvaises plaisanteries, le satirique s’échauffa & résolut d’avoir par l’épée raison des moqueurs que sa plume n’avait pas effrayés. C’est encore à Tallemant qu’il faut demander le récit d’une affaire où l’offensé garda le beau rôle depuis le commencement jusqu’à la fin.