[47] La lecture de ce mot a soulevé bien des doutes. Mon compatriote, M. Ulysse Robert, de la section des manuscrits de la Bibliothèque nationale, a lu dans les deux parties de ce mot : Christiane. M. Léopold Delisle, juge de la question, a approuvé le sens fourni par cette lecture. M. Lucien Merlet, d’autre part, tout en reconnaissant qu’il y a matière à difficulté, invoque pour maintenir continentur, la comparaison des autres formules de profession, où le mot douteux se retrouve toujours, & peu lisiblement écrit.
[48] Ici trois mots biffés : & supra scripta.
[49] Surcharge. Sous le mot et, on lit distinctement die.
Cet avancement marque une phase nouvelle dans la vie de Regnier. A compter de ce jour, toutes ses relations se concentrent. Jusqu’ici d’ailleurs nous l’avons vu se mouvoir dans un cercle assez resserré d’amis littéraires, ou d’hommes politiques unis par des liens de famille. Desportes, favori d’Anne de Joyeuse & de Villars, fait attacher son neveu au cardinal, protecteur des affaires de France. Chez son oncle, Regnier a rencontré l’héritier de l’amiral, Georges de Brancas Villars, époux d’une sœur de Gabrielle d’Estrées, & par conséquent le beau-frère du marquis de Cœuvres. Son ami Charles de Lavardin, abbé de Beaulieu à sept ans, évêque du Mans à quinze, était par Catherine de Carmaing, sa mère, parent du comte de Montluc. Bertault, condisciple de Du Perron, avait été poussé par celui-ci chez Desportes. Regnier avait connu Freminet à Rome ; dans cette même ville, il avait su intéresser à lui Philippe de Béthune. Il avait rencontré à Vanves Rapin & Passerat. Avec Motin, il se dérobait aux sujétions mondaines que lui imposait le séjour de Paris. Lorsqu’il eut été reçu chanoine de Chartres, il devint bientôt l’hôte assidu de son évêque, Philippe Hurault, fils du chancelier de Chiverny, petit-fils de Christophe de Thou. A ce double titre, le prélat trouvait dans Regnier, en même temps qu’un poëte, un intime, presque un proche.
Cette liaison était particulièrement précieuse pour le poëte chartrain. L’évêque était en même temps un abbé. Il avait un palais épiscopal & des maisons des champs. Ces retraites délicieuses, abbayes de princes, s’appelaient Pont-Levoy, Saint-Père, La Vallace & surtout Royaumont. Le chancelier en avait fait pourvoir son fils dès 1594, avant même qu’il eût quitté le collége de Navarre. Dans l’esprit du vieux politique, l’abbaye de Saint-Père devait assurer à Philippe Hurault la succession de son oncle Nicolas de Thou. Ce calcul ne fut pas trompé. En 1598, l’évêque de Chartres mourut. Philippe, nommé au siége épiscopal, ne fut consacré que dix ans plus tard, selon le droit de régale[50].
[50] Voir, sous la date du 28e jour d’aoust 1608, le procès-verbal de réception de Me Philippe Hurault, abbé commendataire des abbayes de Pont-Levoy, Saint-Père, Royaulmont & La Vallée, Conseiller du roy en son conseil d’État & privé, par Claude Nicole, licencié ez lois, chambrier, juge & garde général de la juridiction temporelle du Rév. Père en Dieu, Me Philippe Hurault, évesque de Chartres.
(Biblioth. de Chartres. Papiers de l’abbé Brillon.)
Pour obtenir l’abbaye de Royaumont, le chancelier se tourna vers un autre de ses parents, Martin de Beaune de Semblançay, qui en était le commendataire, & qui occupait l’évêché du Puy. Par suite des prodigalités de ce personnage, la vieille abbaye était fort délabrée, & le peu de revenus qu’on en pouvait tirer étaient saisis par les créanciers du prélat. Le bénéfice n’était donc plus tenable. Martin de Beaune résigna la commande ; Philippe Hurault en fit pourvoir son fils par brevet du roi & par arrêt du conseil. Pour prix d’une complaisance qui lui coûta seulement le titre d’abbé, Martin de Beaune jouit jusqu’à sa mort des produits de l’abbaye. Entre les mains de son nouveau maître, la fondation de saint Louis se releva promptement, & reprit bientôt sa place parmi les plus belles résidences du royaume. Regnier fit de longs séjours à Royaumont. Le temps des grands voyages était passé pour lui. Dans cette pittoresque Thébaïde, le poëte goûtait, après bien des années d’agitation stérile, le repos & l’indépendance qui avaient manqué à sa jeunesse. Il semblait même que la fortune, cette grande capricieuse, se tournait vers lui au moment où il ne la recherchait plus. Il avait été chargé d’écrire les poëmes & les devises de l’entrée de Marie de Médicis à Paris, après son couronnement à Saint-Denis. La mort de Henri IV survint inopinément & ces projets de fêtes pompeuses firent place à des cérémonies funèbres[51]. Regnier perdait avec son roi le seul protecteur qui lui était resté. A partir de ce moment, le poëte, rebuté par les déceptions, se replie sur lui-même. Il devient irritable & ne se manifeste plus que par des plaintes. Mais si son humeur est aigrie, son génie reste intact. Des transports de sa colère, il écrit son admirable satire de Macette[52]. Ressaisi enfin & égaré par le démon de sa jeunesse, quoiqu’il s’en défende devant Forquevaus, il meurt à Rouen, où il était allé chercher clandestinement, où il croyait avoir trouvé la guérison d’un mal inavouable.
[51] J’ay veu de Regnier escrit à la main, l’entrée qui devoit être faite à la reyne Marie de Medicis à Paris, avec toutes les inscriptions composées par luy. Mais la mort de Henri IV survenuë inopinément, empecha cette grande ceremonie & fit supprimer cet ouvrage. Il est facile de voir dans ces vers que Regnier aymoit la desbauche.
(Rosteau, Sentences sur divers escrits. Manuscrit de la Bibl. Sainte-Geneviève.)