[52] Ce poëme fut accueilli avec une grande faveur, &, en 1643, il contribuait encore, pour beaucoup, à la vogue constante des œuvres du poëte chartrain. Le maître des Comptes Lhuillier, père de Chapelle, écrivait au grave mathématicien Bouillaud, chez M. de Thou : « Je vous prie de chercher sur le Pont-Neuf, ou en la rue Saint-Jacques, ou au Palais, les Satyres ; elles se vendent imprimées seules, in-8o. Ce sont celles que j’aymerois le mieux ; mais je crains qu’elles ne soient mal aisées à trouver. Il y en a d’autres fort communes, imprimées avec un recueil d’assez mauvais vers & mal imprimées. A défault des autres, vous prendrés celles là s’il vous plaist & séparerés les Satyres, que vous m’envoirés dans un paquet tout comme vous les aurés tirées. Mais il y a encore à prendre garde qu’en une impression ancienne la Macette manque, qui est la meilleure pièce & qui commence : La fameuse Macette. » Cet extrait de la correspondance de Lhuillier avec Bouillaud, donné par M. Paulin Paris dans le quatrième volume de son édition de Tallemant, est doublement précieux. Il nous montre à quel degré de rareté étaient déjà parvenues, trente ans après la mort de Regnier, les éditions originales des satires.

« Regnier, dit Tallemant, familier avec les plus répugnantes confidences, Regnier mourut à trente-neuf ans à Rouen, où il estoit allé pour se faire traiter de la verolle par un nommé Le Sonneur. Quand il fut guéry, il voulut donner à manger à ses médecins. Il y avoit du vin d’Espaigne nouveau ; ils lui en laissèrent boire par complaisance ; il en eut une pleurésie qui l’emporta en trois jours[53]. »

[53] Hist. de Desportes, éd. in-8o, I, 96.

Regnier mourut dans l’hôtellerie de l’Écu d’Orléans, rue de la Prison, proche le vieux marché. Ses entrailles furent déposées dans l’église Sainte-Marie-Mineure, que l’on voit encore au coin de la rue des Bons-Enfants où elle sert aujourd’hui de synagogue[54]. Le corps du poëte, enfermé dans un cercueil de plomb, fut, selon son vœu, inhumé à l’abbaye de Royaumont.

[54] V. La Revue de Normandie, année 1868, p. 611.

La réputation de Regnier, déjà grande de son vivant[55], s’accrut encore après lui. Cet hommage à la mémoire du poëte est attesté d’abord par les nombreuses éditions qui furent données de ses œuvres de 1613 à 1626. Pendant ce court espace de temps, les satires furent réimprimées chaque année. Il y a plus, on connaît pour 1614 cinq éditions[56] de Regnier.

[55] On lit dans le Registre-journal de Henry IV, par l’Estoile, édition Champollion, t. II, p. 494, sous la date du 15 janvier 1609 :

« Le jeudi 15, M. D. P. (Du Puy) m’a presté deux satyres de Reynier, plaisantes & bien faites, comme aussi ce poete excelle en ceste maniere d’escrire, mais que je me suis contenté de lire, pour ce qu’il est après à les faire imprimer. »

Et plus loin :

« Le lundi 26, j’achetai les Satyres du sieur Renier, dont chacun fait cas comme d’un des bons livres de ce temps, avec une autre bagatelle intitulée : le Meurtre de la Fidélité, espagnol & françois. Elles m’ont cousté les deux, reliées en parchemin, un quart d’escu. »