[56] Rouen, Jean du Bosc ; Paris, Ant. du Breuil, Pierre Gobert, Lefevre, & Abr. Guillemau.
Au-dessus de ces preuves matérielles de l’estime des contemporains, il faut placer des témoignages plus motivés. Sur ce point, l’histoire nous réserve mainte surprise, car Regnier a eu pour admirateurs des esprits absolument opposés, dont on pourrait dire qu’ils ne sont jamais tombés d’accord si ce n’est au sujet du poëte chartrain.
Au premier rang des juges de Regnier, se place le père Garasse. Indépendamment de sa prédilection pour les satires, le fougueux jésuite, l’adversaire de Pasquier & le dénonciateur de Théophile, trouvait dans leur auteur un auxiliaire pour combattre ses ennemis. A l’un, il reprochait de n’avoir pas, dans son tableau de la poésie française, cité Regnier comme un maître ; à l’autre, il faisait un crime de son impiété, lui montrant dans Regnier le pécheur & le pénitent. Les citations des satires abondent non-seulement dans les Recherches des Recherches[57], mais dans la Doctrine curieuse[58]. Elles constituent pour Garasse un élément de réquisitoire & comme la déposition d’un témoin.
[57] Paris, Chappelet, 1622. Pp. 112, 177, 179, 260, 401, 526, 570, 648, 687, 913 & 951.
[58] Paris, Chappelet, 1623. Pp. 36, 49, 61, 86, 123, 351, 428, 446, 907 & 971.
L’épitaphe de Regnier, tirée des Recherches, se retrouve dans la Doctrine curieuse, p. 107. Garasse, parlant de l’auteur, le traite « de jeune libertin, lequel se voyant abandonné des médecins en la fleur de son aage, composa luy mesme son épitaphe, au lieu de songer à vne bonne & genéralle confession de sa vie. »
Puis il ajoute : « Il est vray que cette fougue de jeunesse peut estre excusée en certaine manière, & en effect son autheur estant relevé changea bien d’advis & de façon de vivre, quoy qu’il y ait faict des vers assez libertins.
« Morte tamen laudandus erit, nam fine decoro
Hoc tantùm fecit nobile, quod periit. »
Il serait assurément fort intéressant d’examiner avec quelque détail le personnage que Garasse a fait de Regnier dans ses deux volumes ; mais cette digression nous conduirait trop loin. Ce qui importait au sujet, la preuve de la vieille réputation de notre poëte, est maintenant établi.