Desportes, protecteur de Regnier, avait été bien plus efficacement celui de du Perron. Après l’avoir converti au catholicisme, il en avait fait le lecteur, puis le confesseur d’Henri III. Peu à peu, l’abbé était devenu évêque d’Évreux & cardinal. Pendant cette brillante fortune, due à beaucoup d’audace dans la poésie & dans la politique, car du Perron, qui grossoyait des in-folio sur des questions diplomatiques, écrivait des sonnets & de petits vers pour les dames de la cour, Regnier attendait vainement un peu de bien. Aussi, quoiqu’il se soit rarement montré accessible à l’envie, n’a-t-il pu résister à la tentation qui poussait un satirique à se moquer d’un bel esprit gâté par le succès. Les trois épigrammes recueillies par Conrart ont pour objet un livre du cardinal : du Leger & du Pesant, ses traductions de Virgile & enfin ses infidélités amoureuses. La fantaisie scientifique de du Perron ne nous est point parvenue ; mais ses imitations des poëtes latins sont dans toutes les anthologies des premières années du XVIIe siècle, &, dans ces volumes mêmes, un lecteur attentif peut noter les évolutions galantes de l’abbé, digne élève de Desportes.
Les manuscrits de la Bibliothèque nationale diffèrent essentiellement de ceux qui viennent d’être cités. Le premier (no 884, fonds fr.)[103] a fait partie de la collection de Mesmes où il portait le no 163. C’est un in-folio de 347 ff., comprenant, avec un Sommaire discours de la Poésie, des odes, des stances, des sonnets & des épigrammes satiriques de toute provenance. Malgré l’excentricité libertine des pièces qui composent ce volume, il est facile de reconnaître qu’un copiste intelligent a été chargé de grouper tous ces poëmes. L’écriture élégante & nette est des premières années du XVIIe siècle. Les mesures du vers, les formes des mots sont exactement observées. Enfin, pour le critique le plus sévère, ce sottisier a la valeur d’un document. Les nudités de langage qu’il recèle ne sont pas seulement des esquisses de chronique littéraire, ce sont aussi des tableaux secrets de l’histoire de nos mœurs. Dans ce manuscrit, dont l’auteur s’est montré fort ménager d’attributions, le nom de Regnier figure (pp. 307 & 318) sous une pièce que nous connaissons déjà, l’épigramme
Quand il dine il tient porte close
reproduite par P. Jannet dans son édition de 1867 (Paris, Picart), & les stances
Encor que ton teint soit desteint.
[103] Ancien fonds. R., 7237.
Il se lit enfin (p. 105) au pied d’une ode satirique de dix-neuf strophes commençant par ce vers :
Cette noire & vieille corneille[104].
[104] Ce poëme a paru dans le Cabinet satyrique parmi les pièces attribuées à Sigognes. Cette restitution nous semble fort hasardée.
D’autres poésies de Regnier se rencontrent dans le même volume, mais elles ne sont pas signées. On trouve ainsi, ffos 251, 285 & 336, les épigrammes :