— Elle se dessèche de nouveau.

— Faut-il la tremper entièrement ?

— Oui.

— Et quel prix la vendez-vous ?

— Un sou.

J’achetai trois de ces roses, trois petits paquets d’épines jaunâtres, si secs qu’ils semblaient tomber en poussière.

J’étais très heureuse d’avoir trouvé aussi facilement ce que je cherchais ; cette fleur s’était pour ainsi dire présentée d’elle-même à moi, pour que ma fantaisie fût satisfaite et pour me permettre de triompher des sceptiques qui n’y croyaient pas. Cependant je restais froide. Ça, une rose ? Ça, la belle fleur que le Psalmiste célèbre avec tant d’enthousiasme ? Chercher le fin coloris des pétales, la ligne gracieuse des corolles, le parfum enivrant, et rapporter cette branche d’épines ! Quelle déception ! Plongée dans l’eau, cette rose s’ouvrait en effet et semblait commencer à s’épanouir : mais cet étrange miracle n’arrivait pas à m’enlever ma secrète mélancolie. Un soir, à l’hôtel de Jérusalem, je montrai la fleur à un secrétaire du Consul de France, mon voisin de table.

— Elle est fausse, me dit-il.

— Comment, fausse ?

— Oui, madame, c’est la fausse rose de Jéricho. On en vend partout à bas prix.