— Oui, madame. C’est un pays où la foi existe encore : les églises y sont toujours pleines le dimanche et jamais désertes, les autres jours. J’ai baisé les ampoules où l’on conserve le sang de votre Patron. Et Sainte-Claire, quel splendide monument ! Avec quel plaisir j’y retournerais ! Mais pourquoi ne finit-on pas la façade du Dôme ?

— L’argent manque : les Napolitains sont croyants, mais pauvres.

— Peu importe. Dieu y pourvoira !

— Eh bien, pourquoi ne terminez-vous pas les travaux ?

— Je voudrais pouvoir compléter toutes les façades, achever tous les temples ! Mais il faudrait des richesses énormes. Ce que je possède appartient aux pauvres et aux serviteurs de Jésus. J’ai donné à Naples, comme ailleurs. Je suis resté volontiers dans cette ville, allant d’une chapelle à une église, communiant ici, me confessant là, disant mon chapelet partout. Vos compatriotes, chère madame, obtiendront tout ce qu’ils demanderont sur la terre et dans les cieux.

— En effet, notre peuple est très pauvre, mais content.

— Que le Seigneur le protège ! Je suis allé pendant mon séjour voir la Madone du Rosaire. Je l’ai trouvée encore plus belle et plus riche : ses miracles ne se comptent plus. J’y suis resté trois jours, et j’y retournerai plusieurs fois encore, je l’espère, avant de mourir.

— Vous finirez par vous faire moine, lui dis-je en souriant.

— Non, je suis trop indépendant. Je veux voyager toujours. Je veux dire mon rosaire dans le monde entier. Puis, il faut que je travaille. Les pauvres ont besoin d’argent : Jésus m’en a tant confié, de malheureux ! Me faire moine ? Il est tard, trop tard. Je ne suis qu’un pauvre marchand et un humble serviteur de Dieu. J’essaie de faire mon devoir sans entrer dans un ordre religieux. Ai-je tort ? Croyez-vous donc que la vie profane soit un continuel péché ?

— Je ne sais, lui répondis-je pensive. Peut-être y a-t-il un certain égoïsme à sortir de la vie. Où est la voie ?