—Ils ont endossé leurs robes de mariage, répondit-elle en souriant.
—Et ce parfum!
—Le parfum aussi s’en ira, et les citrons, après, sont fort aigres.
L’ensemble de la propriété est défendu par un mur de clôture très blanc et très haut, et par un épais voile de feuilles d’olivier.
—Les Anglais sont désespérés, dit l’impératrice; ils se postent pendant des heures sur la colline d’en face sans arriver à rien voir.
Le palais est bâti dans la montagne même. Sa façade, tournée vers la grand’route qui de Corfou par Gasturi descend à Benizze et au rivage, présente trois étages. Le premier fait un portique en saillie, il soutient sur d’énormes colonnes une large véranda, et comme le second et le troisième étage sont bâtis en retrait, il y a place pour deux loggias à droite et à gauche de cette véranda centrale, dite «des centaures». Les élégantes colonnes jumelles des loggias soutiennent elles-mêmes, au troisième étage, des balcons.
L’autre façade, tournée vers l’intérieur de l’île, se compose d’un seul étage qui donne sur une terrasse plantée d’arbres séculaires. Sa longue véranda prend vue sur Gasturi et sur Aji-Deka. Un Hermès ailé semble prêt à s’envoler de l’extrême bord de la balustrade par-dessus le bois d’oliviers.
Pour apprécier cette construction, il faut la mettre dans cette splendeur du paysage, de la chaleur, de la lumière, des parfums, des nerfs hyperesthésiés et des grands souvenirs homériques. Mais, dans un tel pays, l’inépuisable source des plaisirs, ce sont les jardins. Un escalier orné de Vénus, d’Artémis et de beaux adolescents, conduit des parterres du bas aux terrasses plantées du haut. Un péristyle, tout en marbre, borde l’édifice qui s’ouvre sur la terrasse. La longue suite des colonnes en rectangle qui portent le toit sont teintes à leur partie inférieure de cinabre; leurs chapiteaux sont richement dorés et peints en bleu et rouge; leurs corps blancs se détachent merveilleusement sur le mur pompéien du fond où de grandes fresques évoquent tout l’Hellénisme fabuleux. Du côté de la mer, à l’extrémité nord du péristyle, on voit une figure éblouissante de blancheur: c’est la Péri, la fée de la lumière, qui, sur une aile de cygne, glisse au-dessus de l’onde et sur son sein presse l’enfant endormi. Devant chaque colonne du péristyle se tiennent des muses, de grandeur naturelle, et à leur tête, Apollon Musagète.
—La plupart sont des antiques, dit l’impératrice, je les ai fait acheter à Rome. Elles appartenaient au prince Borghèse, mais il a fait banqueroute et, alors, il a dû aliéner ses dieux. N’est-ce pas que c’est affreux qu’aujourd’hui les dieux même soient les esclaves de l’argent?
Tout près d’Apollon, dans ce cercle des Piérides, l’impératrice désigne une statue de Canova, la Troisième danseuse, dont on dit, comme de la Venus victrix, qu’elle représente Pauline Borghèse.