—C’est qu’elle est belle!...
Qu’il me soit permis de placer sous cette histoire de qualité lyrique quelques réflexions chagrines, et de signaler le revers de la médaille que nous présentons dans son beau jour. «La spécialisation excessive d’une faculté aboutit au néant. Je comprends la fureur des iconoclastes et des musulmans contre les images. J’admets tous les remords de saint Augustin sur le trop grand plaisir des yeux. La folie de l’art est égale à l’abus de l’esprit. Une de ces deux suprématies engendre la sottise, la dureté du cœur et une immensité d’orgueil et d’égoïsme. Je me rappelle avoir entendu dire à un artiste: Ne donnez pas à ce pauvre-là, il est mal drapé; ses guenilles ne lui vont pas bien.»
D’où viennent ces lignes qui s’appliquent fortement à Elisabeth de Bavière? Je les extrais d’une étude sur l’École païenne où Henri Heine est pris vivement à partie pour sa «littérature pourrie de sentimentalisme matérialiste». (Janvier 1851.) D’ailleurs, il paraîtra curieux à certains lecteurs mal informés que cette étude soit de Baudelaire. On veut voir dans celui-ci le chef d’une école satanique, quand il est souvent un voisin de Veuillot.
Au moment de l’assassinat, Drumont publia un magnifique article, intitulé le Douzième Arbre, à la fois brutal et religieux, qui complète et fortifie la thèse de Baudelaire: «... L’impératrice emportait toujours en voyage les œuvres de Heine, son auteur de prédilection. Avant d’aller à Preigny présenter ses hommages à la baronne de Rothschild (c’est en cours de route qu’elle fut assassinée), cette descendante des Wittelsbach, devenue la femme d’un Habsbourg, aura peut-être relu, en écoutant le clapotement des eaux du lac, cette pièce atroce (sur Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine) où le poète s’égaye sur ces gorges de patriciennes dans lesquelles la hache du bourreau a fait une large entaille. Elle se sera divertie, peut-être, de cette reine qu’on ne peut plus friser, parce qu’elle n’a plus de tête, et de cette dame d’honneur réduite à faire la révérence avec son derrière... Derrière le Douzième arbre de l’avenue, l’anarchiste était déjà embusqué et guettait... Il ne faut pas trop rire à la Belle Hélène, lorsqu’on appartient à la famille des Atrides et que l’on est menacé par les Dieux d’avoir le sort de Klytemnestra...»
Je devais indiquer ce point de vue. Pour bien embrasser un spectacle, il faut de temps à autre que le spectateur se déplace d’un pas à gauche, d’un pas à droite...
VII
ANECDOTES CHÉTIVES ET LARGES CLARTÉS.
Il suit de là que mon amour tend aux choses générales ou idéales. Mon objet est le Dieu ou l’Être. (Lettre de jeunesse de Taine.)
Ainsi empêchée dans son attrait vers des réalités finies, où s’orientera cette âme en détresse?
Écoutez, regardez une belle scène à peine indiquée. Un matin, traduisant Othello avec son lecteur, l’impératrice lit à haute voix la Chanson du Saule de la touchante Desdémone.
La pauvre âme était assise près d’un sycomore,