—Chantez tous le saule vert,

Sa main sur sa tête, sa tête sur ses genoux,

—Chantez le saule, le saule, le saule...

Mais voici qu’elle s’interrompt pour dire:

—Il y a cependant autre chose que la jalousie ou l’héroïsme, et ce sont les saules...

Magnifique indication! Depuis que le monde est monde, de telles sensibilités ardentes voient la nature elle-même comme un immense «buisson ardent». Elles se tournent vers les forces sourdes, vers les puissances primitives, vers les dieux. La solitude, les arbres, la mer, les sommets, l’ouragan, le réveil profond de ses vies antérieures, nous avons bien vu que c’étaient la vie véritable et le refuge constant de l’impératrice.

Un jour, à Corfou, elle gravit la cime bleue de l’Aji Deka. Rien que des granits solitaires, quelques chênes nains, le soleil et un vent furieux. Elle murmure:

—Comme dans une île, bien que l’on soit sur la terre ferme... Cette cime pourtant se rattache aux montagnes, aux vallées, aux hommes... Voilà à quoi l’on peut toujours arriver, si l’on veut.

—Qu’entend dire Votre Majesté? demande Christomanos.

—On peut toujours arriver à faire de soi une île.