—La cime ne peut interdire au vent de venir jusqu’à elle.
—Oh! le vent, je ne voudrais pas m’en priver, si j’étais la cime; ni des nuages non plus. Tout: le soleil, les nuages, la pluie tiède... Et quelle superbe lutte! Regardez ces pauvres buissons qu’agite le vent; voyez comme ils se cramponnent et se cachent: pourquoi aussi ont-ils voulu grimper si haut? Ils ne sont pas faits pour l’air de la montagne. Seule la roche reste ferme et étale sa poitrine.
Une seconde après, elle dit en souriant:
—Il y a quelque temps, un ermite habitait ici. Les gens de Corfou prétendaient que c’était un fou, qu’il causait avec les abeilles, les nuages, et qu’il n’avait commerce qu’avec des sorcières. Peut-être, de son côté, tenait-il les gens de Corfou pour des insensés. Mais le vent l’a tué, lui aussi, tout de même.
Un soir au crépuscule, contemplant depuis la grève solitaire de Corfou les montagnes d’Albanie incendiées par le soleil couchant, elle montrait deux gros nuages blancs qui descendaient d’un sommet lentement vers la mer:
—Ces nuages sont comme nous; ils vont aussi à la mer, pour s’y reposer de leur existence.
A la même heure, un autre jour, elle s’écriait:
—Comme les nuages se précipitent avec rage après le soleil! On dirait des sorcières qui poursuivent une jeune fille aux cheveux d’or.
Puis elle ajouta:
—Les passions du ciel que nous contemplons tous les jours nous font oublier nos propres soucis.