NOTES
[1] ([page 40]). Sturel a vu ces gondoliers de la mort...
«Guidé par cette sorte d’appétence morale qui incite les âmes, comme vers des greniers, vers les spectacles et vers les êtres où elles trouveront leur nourriture propre, Sturel s’orientait toujours vers ceux qui ont le sens le plus intense de la vie et qui l’exaspèrent à la sonnerie des cloches pour les morts. Dans la société la plus grossière, sa sensibilité trouvait à s’ébranler. Au croisé d’un enterrement sur le Grand Canal, un gondolier l’émeut qui pose sa rame et dit: «C’est un pauvre qu’on enterre; s’il était riche, cela coûterait au moins trois cents francs: il ne dépensera que quinze francs. Il a de la musique, pourtant, et ses amis avec des chandelles, car il est très connu. Arrêtons-nous un peu, parce que, moi, j’aime à entendre la musique. Les voilà qui partent par un petit canal vers San Michele. Adieu! Il a fini avec les sottes gens... A droite, vous avez le palais de la reine de Chypre, qui appartient maintenant au Mont-de-Piété. Ici le palais du comte de Chambord, racheté par le baron Franchetti, dont la femme est Rothschild.»
(L’Appel au Soldat, chapitre premier.)
[2] ([page 56]). «En Italie, pour un jeune homme isolé et romantique, c’est Venise qui chante le grand air. A demi dressée hors de l’eau, la sirène attire la double cohorte de ceux qu’a touchés la maladie du siècle: les déprimés et les malades par excès de volonté. Byron, Mickiewicz, Chateaubriand, Sand, Musset ajoutent à ses pierres magiques de supérieures beautés imaginaires... Un jour de l’hiver 1887, comme Sturel parcourait la triste plage du Lido, il arrêta son regard intérieur sur les personnages fameux qui promenèrent ici leur répugnance pour les existences normales. Quand nous honorons un lieu tel que les grands hommes le connurent et que nous pouvons nous représenter les conditions de leur séjour, ces réalités, qui, pour un instant, nous sont communes avec eux, nous forment une pente pour gagner leurs sommets; notre âme sans se guinder approche de hauts modèles qu’elle croyait inaccessibles, et, par un contact familier de quelques heures, en tire un durable profit...
Les ombres qui flottent sur les couchants de l’Adriatique, au bruit des angélus de Venise, tendent à commander les âmes qui les interrogent.
(L’Appel au Soldat, chapitre premier.)
[3] ([page 73]). Il y a trois palais Mocenigo. Byron occupait celui du milieu.
[4] ([page 92]). Scènes et Doctrines du Nationalisme, p. 15.
[5] ([page 96]). Les Déracinés, p. 189.