Les amis d’étude de Guaita, les F.-C. Barlet, les Papus, les Marc Haven, les Michelet, les Sedir, les Jollivet-Castelot, les Thorion, inclinent à croire que l’audacieux penseur ne fut pas autorisé à faire ses révélations suprêmes.

[12]([page 157]). Les Guaita seraient d’origine germanique, venus en Italie avec Charlemagne. Certainement, durant tout le moyen âge ils ont exercé la puissance féodale sur la délicieuse vallée qui, de Menaggio à Porlezza, joint le lac de Côme au lac de Lugano. Hommes de guerre ou d’église, et, quelques-uns, poètes. En 1715, le quatrième aïeul de Stanislas de Guaita quitta cette belle région pour s’établir dans la ville libre de Francfort; il épousa une Brentano, de la famille du poète Clément Brentano et de la romantique Bettina, la petite amie de Gœthe. Deux générations de Guaita se sont succédées à Francfort et mariées dans des familles allemandes. Dès cette époque cependant l’administration des verreries de Saint-Quirin, dont ils étaient copropriétaires, les rapprochait de la France. Le grand-père de Stanislas de Guaita prit du service pendant les guerres du premier Empire et acquit la nationalité française. Son fils, le père de l’occultiste, habitait Nancy et le château d’Alteville, dans l’arrondissement de Dieuze, qu’il représenta au conseil général.

Quant à l’ascendance maternelle de Stanislas de Guaita, elle est toute lorraine. Il avait pour arrière-grand-oncle le maréchal Mouton, comte de Lobau.

Cette petite indication généalogique ne paraîtra pas superflue à ceux qui admettent, comme nous disons plus haut, que nous sommes les prolongements, la suite de nos parents et que leurs concepts fondamentaux parlent par notre bouche. Dans ce jeune lorrain se continuaient des âmes allemandes et italiennes.

[13] ([page 162]). Dans leur forme primitive, ces pages servirent de préface à «Elisabeth de Bavière, impératrice d’Autriche, pages de journal, impressions, conversations et souvenirs», par Constantin Christomanos, traduit de l’allemand en français par Gabriel Syveton.

[14] ([page 164]). M. Jacques Bainville, dans son Louis II de Bavière (1900), nous a donné la meilleure «psychologie» de ce prince. «Regrettons, dit-il, que les archives de Munich soient closes pour tout ce qui touche le roi de Bavière; elles le resteront longtemps encore. Le prince régent, Luitpold, qui prit le pouvoir dans des circonstances si extraordinaires, ne semble pas pressé de communiquer les pièces intéressantes... Qu’a-t-on fait des lettres nombreuses du roi? Qu’est devenu ce journal qu’il avait écrit?... Ah! si M. de Bürkel, rendu muet par la haute position qu’il occupe aujourd’hui, consentait à parler! Ancien secrétaire particulier du roi qu’il accompagna dans ses voyages secrets à Paris, que de faits intéressants il pourrait raconter, s’il ne craignait de se compromettre!... Puisse le comte Dürckheim-Montmartin, dernier favori du roi, fixer aussi ses souvenirs... Toutefois, les souvenirs de Mme de Kobell, de M. de Heigel et du chevalier de Haufingen, de nombreux portraits faits par les contemporains (et les lettres de Louis II à Wagner) fourniraient des détails sûrs...»

[15] ([page 164]). Le goût des arts se trouve chez les Wittelsbach dès leur origine. Quelques-uns même l’exagérèrent. «Ainsi, au XVIIe siècle, ce Ferdinand dont la femme, Adélaïde de Savoie, écrivait des comédies françaises, tandis que lui se retirait dans la plus grande solitude, en son château de Schleissheim, bâti sur le modèle de Versailles, pour y peindre, psaller, composer et tourner l’ivoire. N’était-ce pas un original aussi ce Charles-Albert qui, le jour où on le couronna empereur, écrivit au comte Tœrring qu’il était plus malheureux que Job? On reconnaît quelques traits du caractère de Louis II dans Charles-Théodore, de la branche palatine, qui, à Mannheim, voulut égaler les rois de France par le luxe et l’éclat de sa cour. Il rassembla les plus célèbres littérateurs et acteurs de l’Allemagne et fit jouer les premiers drames de Schiller, mais il ruinait son Palatinat. Le duc de Bavière étant mort sans enfants, ce Charles-Théodore dut quitter son cher Mannheim et venir à Munich. Le gouvernement de ce dilettante fut déplorable. Ennuyé, lassé, il songea à se mettre sous la protection de l’Autriche pour être délivré du fardeau des affaires. Il demeura pourtant souverain malgré lui, par la volonté énergique de Frédéric le Grand, qui intervint, et il se consola en faisant de l’Opéra de Munich un des meilleurs de l’Europe, au dire de Stendhal.

«Son successeur fut Max-Joseph (d’une autre branche) qui fut le premier roi de Bavière. Le fils de celui-ci, Louis Ier, fut un roi artiste. Il passa sa jeunesse dans la société de peintres et de sculpteurs, avec qui il fit de longs séjours en Italie. Poète lui-même, il composait d’assez jolis vers. Dans son premier recueil, paru en 1829, il chantait Rome et la Grèce. Ses poésies amoureuses et sentimentales ne manquent pas d’un certain charme; on imprime encore ses distiques sur les calendriers bleus que consultent les jeunes filles allemandes. Devenu roi, Louis Ier s’adonna à ses goûts de construction. C’est lui qui a fait de Munich ce qu’il est aujourd’hui. Il avait dit: «Je veux en faire une ville qui honore tellement l’Allemagne que personne ne puisse se vanter de connaître l’Allemagne s’il n’a pas vu Munich.» Mais s’il savait comprendre les chefs-d’œuvre étrangers, il ne put rien créer d’original. L’Athènes de l’Isar, comme disent les Allemands, n’est qu’une suite de froides imitations. On y voit des Odéons et des Propylées près d’un jardin du Palais-Royal, avec ses arcades et ses jets d’eau. L’église de la cour est copiée sur la Capella Palatina de Palerme; la Galerie des Maréchaux, sur la Piazza dei Lanci de Florence, etc. Il enrichit de tableaux excellents les galeries de sa capitale.

«Ce bon roi aimait toutes les manifestations de l’art. Il avait surtout un goût particulier pour la danse et pour les danseuses. Une aventurière, jolie femme et femme d’esprit, Lola Montez, se fit remarquer de Louis Ier par ses talents chorégraphiques et réussit bientôt à exercer sur lui la plus décisive autorité. Très ambitieuse, elle voulut jouer les premiers rôles et se prépara à mettre en ballet l’histoire de Bavière. La favorite s’imposa bientôt à la haute société de Munich. Et, non contente de ce succès, elle demanda au roi de l’anoblir. Le conseil d’État, dont l’avis était indispensable, refusa. Elle tint bon. Enfin, après de longues négociations, elle fut nommée comtesse de Landsfeld. Voir ses Mémoires amusants, mouvementés, mais peut-être apocryphes.

«Les Munichois détestaient Lola Montez, qui d’ailleurs ne prenait aucun soin de sa popularité. Quelques jeunes nobles, qui s’étaient constitués ses cavaliers servants et qui portaient ses couleurs, molestèrent des railleurs dans la rue. Elle-même distribua quelques coups de cravache. On faisait courir des bruits fâcheux sur ses dépenses et ses projets de gouvernement. L’effervescence générale de 1848 vint se joindre à ce mécontentement. Des troubles éclatèrent à l’Université; on éleva des barricades dans les rues. Pour éviter un conflit, Louis Ier renvoya la comtesse de Landsfeld et Berk, le ministre qu’elle avait fait nommer. Tout cela ressemble singulièrement aux rapports de Louis II avec Wagner.