«Quelques jours après, la nouvelle se répandit que Lola était revenue et l’émeute recommença. Alors, lassé de la sottise et de l’ingratitude populaires, Louis Ier abdiqua, le 19 mars 1848, en faveur de son fils aîné. Ni les prières de sa famille, ni celles des députations qui vinrent l’assurer de la fidélité de ses sujets, ne purent le déterminer à reprendre sa parole. Sans doute, il s’estimait trop heureux d’avoir reconquis son indépendance et de pouvoir vivre en artiste à sa guise. Il alla vivre à Rome où il se sentait toujours attiré. Il y était connu et aimé: on lui avait donné le surnom de Re amante delle belle arti. Il vivait là au milieu d’une société d’artistes qu’il appelait ses «enfants». Il revenait de temps en temps en Teutschland, comme il disait archaïquement. La bonne ville de Munich, dont il se proclamait dans une lettre «le plus heureux habitant», le recevait en triomphe comme le protecteur des arts. Il était traité en roi, sans avoir les soucis du pouvoir. Combien il devait remercier ces braves gens d’émeutiers, et Lola Montez, cause indirecte de tout ce bonheur! Tantôt, il se rend à Cologne pour surveiller l’achèvement de la cathédrale: car c’est là une chose allemande et qui lui tient à cœur; tantôt il s’occupe du Musée Germanique de Nurenberg, sa fondation, ou bien il fait élever une statue à Claude Lorrain, son peintre favori.
«Telle est la vie de dilettante que mènera longtemps encore, jusque sous le règne de son petit-fils, à qui il ressemble par bien des traits, cet étrange souverain volontairement détrôné.
«Son fils, Maximilien II, qui lui avait succédé après son abdication, fut aussi un prince original. Il s’occupait moins des beaux-arts, mais beaucoup plus de philosophie et de sciences. Jeune homme, il se proposait d’imiter sur le trône Marc-Aurèle. Il écrivit de petits traités moraux: Questions à mon Cœur, le Devoir et le Plaisir et aussi des Pensées, où l’on sent l’influence de Schelling, son philosophe préféré, dont il annotait les ouvrages, et avec qui il entretint une correspondance interrompue seulement par les soucis du pouvoir. Le Roi s’y montre rongé de mélancolie et de doutes métaphysiques: ce qui a pu faire dire un jour que, s’il avait vécu plus longtemps, il serait devenu fou comme ses deux fils. Il paraît néanmoins avoir été doué d’une lucide intelligence: à preuve ces causeries sur l’histoire qu’il demandait à Ranke et après lesquelles il faisait de curieuses remarques. On trouve ces sortes de dialogues résumés dans le dernier volume de l’Histoire universelle, de Ranke.
«Louis Ier avait voulu faire de Munich une cité d’art. Max compléta son œuvre en le rendant centre scientifique et en attirant autour de lui des savants. Le chimiste Liebig fut son favori. Et c’était vraiment une cour originale que celle des «élus» ou la Table Ronde du roi Max, comme ils se nommaient eux-mêmes; un jour ils allaient dans le laboratoire de Liebig assister à ses expériences sur les gaz et, le lendemain, ils entendaient une conférence de Dœnniges sur les chansons populaires de l’Allemagne.
«On voit que Louis II apportait en naissant, du côté paternel, des qualités rares et singulières. Il y a en puissance, chez ses ancêtres, d’inquiétantes dispositions qui atteindront en lui et en son frère leur développement parfait.
«Quant à sa mère, la princesse Marie, dans sa jeunesse on la surnommait l’Ange, à cause de son éclatante beauté: elle a donné à Louis II cette expression idéale qui en a fait un véritable Prince Charmant. Elle avait en elle le sang de Louise de Prusse, qui fut romanesque au point de s’imaginer que Napoléon lui rendrait Magdebourg contre une rose.»
(Louis II de Bavière, chapitre premier,
Jacques Bainville.)
[16] ([page 178]). L’impératrice devait recevoir quelques archiduchesses. De là cette robe de cérémonie.
—Si les archiduchesses savaient, disait-elle, que j’ai fait de la gymnastique en cet accoutrement, elles seraient pétrifiées. Mais je ne l’ai fait qu’en passant; d’habitude, je m’acquitte de cet exercice de bon matin ou dans la soirée. Je sais ce qu’on doit au sang royal.
[17] ([page 198]). M. Adolphe Aderer se rappelle avoir vu l’impératrice en 1875, quand elle habitait ce château de Sassetot, qui regarde la mer et domine l’étroite vallée des Petites-Dalles. «L’impératrice Elisabeth franchissait à cheval un champ de blé qui bordait la falaise. Les épis, grêlés et mêlés de coquelicots, se tendaient vers le soleil pour se réchauffer de la bise toujours froide envoyée par la mer voisine. Hantée par les souvenirs des poètes antiques qu’elle préférait, la cavalière, droite sur un grand cheval, que les barbes des épis piquaient à ses flancs vigoureux, se croyait plutôt la reine des Amazones que la souveraine d’un vaste pays, aussi éloigné de ses yeux que de sa pensée. Un frisson me saisit, parce que la belle dame s’approcha si près du bord de la falaise qu’il me parut qu’elle allait le dépasser: un cri d’épouvante me vint à la gorge. Au même instant, le cheval se retourna d’un bond, et il reprit sa course de vertige à travers les épis blonds. Au pays, on me dit que la souveraine se plaisait tous les jours à ce jeu violent qui valait, le soir, au majordome du château des réclamations apportées par les propriétaires des champs traversés: réclamations dont on ne parlait jamais à l’impératrice pour ne point troubler son sport favori. L’écuyère passionnée subissait aussi l’influence mystérieuse de la mer, qu’elle adorait. On avait mis un yacht à sa disposition: elle lui préférait une petite barque sur laquelle elle partait seule, avec le fils du maître baigneur des Petites-Dalles, un gamin de quinze ans. Elle allait ainsi jusqu’à l’une des plagettes du voisinage, où ses dames d’honneur, qu’on avait menées en voiture au même endroit, l’attendaient.» Il est curieux de recueillir ces images auxquelles nous restituons une âme. On sait maintenant à quoi rêvait cette solitaire dans ses grandes courses et sur la mer. Plus loin (¿p. 217), nous l’entendrons parler de l’un de ces chevaux auxquels elle demandait d’affronter la mort.